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Rides
Atteint de la maladie d'Alzheimer, Ernest intègre à contre coeur une maison de retraite. Un récit poignant et inéluctable, sur un sujet difficile mais habilement traité, non dénué d'humour (!).
L'histoire :
Lorsque Jean essaie de faire manger son père Ernest, alité et atteint de la maladie d’Alzheimer, ce dernier le prend pour un client de la banque dont il a été directeur bien des années auparavant. Cette fois-ci, c’est décidé, il n’est plus possible de le garder à la maison : Ernest est placé dans une maison de retraite. C’est terrible : il est suffisamment malade pour nécessiter ce placement mais pas assez pour ne pas en ressentir une profonde humiliation et un désarroi sans nom. Seul face à une maladie incontrôlable, déstabilisante pour lui-même, Ernest a l’impression d’avoir 6 ans et d’intégrer une classe d’école d’une grande austérité. Il se fait pourtant immédiatement un copain, Emile, son voisin de chambre (par deux, c’est moins cher). Hormis une fâcheuse tendance au racket ( ! avec courtoisie…), Emile s’avère un compagnon plutôt agréable. Il lui fait visiter l’hospice, de la salle télé où s’entassent des petits vieux somnolant, jusqu’au salon… où s’entassent des petits vieux somnolant. Déprimant. Mais Ernest n’a encore rien vu : il y a aussi l’escalier qui mène au premier, redoutable. Car en haut, c’est l’étage des assistés, les vrais séniles qui ne peuvent plus se suffire à eux-mêmes. Plutôt mourir que finir là-haut…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Décidément, la collection Mirage de Delcourt sait traiter avec pragmatisme et humanisme des thèmes d’ordinaire tabous. Après la pédophilie de Pourquoi j’ai tué Pierre (par Olivier Ka et Alfred), après la misère sociale des Âmes sombres (par Marc Vlieger), Paco Roca s’attaque ici à un sujet on ne peut plus austère : la maladie d’Alzheimer et la dégénérescence due à l’âge. Hep hep hep… je vous vois prêts à cliquer ailleurs ! Il faut pourtant vous habituer : on est tous plus ou moins destinés à finir comme ça ! En outre, si Roca aborde ce sujet de manière frontale (la scène d’intro, gloups, est d’emblée bien explicite), il sait le faire avec humour. La grande force de son récit est d’alterner la réalité et l’interprétation qu’en ont parfois les patients qui perdent pied. C’est tantôt dramatique, tantôt drôle, mais toujours juste, humain, émouvant. Un ton que résume parfaitement l’illustration de couverture, très réussie. Le personnage d’Emile, plus cleptomane que grabataire, ajoute beaucoup de légèreté à ce récit qui aurait eu mille raisons de sombrer dans le pathos. A l’aide d’un trait simple, d’une mise en scène lisible, Roca ne cherche pas à nous livrer une quelconque fiction emprunte d’espoir et assume l’inéluctable. Il n’y a pas de mystère : on sait tous comment cela finit. Une lecture indispensable, hélas.
Les avis des terriens Terrien frederic, note : 5/6 "Au suivant" Dans notre société vieillissante, le thème de la maladie d'Alzheimer est forcément d'actualité. Un grand bravo à Roca qui, pour traiter celui-ci, ne tombe pas dans le miséribalisme. Bien au contraire, il rend attachant Ernest le personnage atteind de cette maladie et qui se bat au coté de son compagnon de chambre pour ne pas finir à l'étage. L'étage est efffet l'enfer de la maison de retraite, l'endroit où sont montés tous les grabataires afin peut-être de les rapprocher de leur futur demeure : les cieux. Cette BD est criante de vérité et pertubera tous ceux qui espèrent vivre une retraite paisible car une question se posera à eux : et si demain je perdais la mémoire ? Si demain on veut lire Rides, non comme une prophétie, mais comme un passé révolu, à nous de prendre réellement concience de ce fléau qui peut atteindre chacun d'entre nous.