Tranquille courage, t.1
Lors du débarquement de juin 1944, un paysan normand apporte secrètement son aide à un pilote américain crashé sur ses terres. Premier volet d'une belle et authentique aventure humaine...
L'histoire :
Au printemps 1944, même dans la campagne environnante d’Avranches et de Brecey, l’occupation est prégnante. Quand les « Chleuhs » ne viennent pas soutirer du calva ou des œufs pour leurs petites fêtes, ils réquisitionnent les hommes pour garder, la nuit, les lignes téléphoniques. Auguste Briant, fermier, est souvent de la partie avec ses collègues et quelques bouteilles de calva… ce qui lui vaut de rentrer souvent ivre au petit matin. Un jour, une pluie de tracts annonce ce que tous attendent avec jubilation : le débarquement est imminent, les populations sont invitées à fuir les villes. Le 10 juin, tandis que la ville d’Avranches est copieusement arrosée de bombes, René et Bernard, les fils d’Auguste, sont occupés à traire leurs vaches. Soudain, un avion P47 Thunderbolt passe en rase-motte au dessus de leurs têtes, en perdition, gravement endommagé par les tirs de DCA allemands. Le soir même, la Manon, une voisine dit à Auguste avoir aperçu le pilote se réfugier dans une de ses granges. La nuit tombée, le père s’y rend, une fourche à la main et surprend effectivement l’américain apeuré, méfiant, quelques côtes cassées. Il le nourrit et décide de continuer à le cacher aux autorités allemandes, malgré les risques…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le premier volume de ce diptyque sort subtilement alors que l’Europe s’apprête à célébrer le 65e anniversaire du débarquement en Normandie. Relativement codifié, le genre du récit de guerre emprunte souvent des voies narratives classiques, qui nous parlent d’autant plus que cette période tragique est encore très proche de nous. Car c’est bien la somme de toutes ces petites histoires héroïques qui ont fait la grande. Dans la même veine que le film Le Père tranquille (de René Clément, avec Noël Noël), il s’agit ici de le la chronique authentique d’un paysan normand, venu en aide à un pilote américain crashé sur ses terres durant le débarquement, et en dépit des risques encourus par sa famille. Maîtrisé et mesuré, juste légèrement romancé à des fins de fluidité narratives, le scénario d’Olivier Merle ne cherche ni le pathos, ni le spectaculaire. Le Tranquille courage de cet homme demeure le sujet central de ce premier tome… et semble s’orienter vers une issu tragique (au tome 2). Pour assurer le dessin, Alexandre Tefengki n’avait jusqu’à présent dessiné que de courtes histoires dans Spirou et divers collectifs. Dans des décors d’époque correctement plantés (certes ici très champêtres), il anime un héros potelé et attachant, physiquement entre le Jean Gabin de la Horse et le Gérard Jugnot de Monsieur Batignolles, avec le caractère de Philippe Noiret. Encore un peu irrégulier, avec encore une belle marge de progression devant lui, il met toutefois fort correctement en place cette histoire emplie d’humanité. A noter : avec la première édition, les auteurs et l’éditeur ont concocté un cahier documentaire de 8 pages resituant le contexte, avec photos d’archives et croquis à l’appui.
Les avis des terriens Terrien jean-michel, note : 5/6 "Histoire de 2 héros" Inspirée d'une histoire vraie qui s'est déroulée en 1944 au moment de la libération, quand les américains pilonnent les allemands. En Normandie un aviateur américain est abattu, il réussit à s'abriter dans une grange. Auguste, son propriétaire, prend le parti de le dissimuler à l'insu de sa famille. Malheureusement, c'est sans compter sur la curiosité de ses enfants.... Le trait est léger : les amateurs d'aviation apprécieront particulièrement le dessin d'avion (la couverture est superbe). Le scénario est bien rodé et nous laisse, à la dernière page, sur un suspense haletant.
Terrien Pierre, note : 5/6 "Augouste my friend !" Quand je lisais Tranquille courage, il y avait en même temps le film documentaire sur la seconde Guerre mondiale, Apocalypse, sur France 2. Evidemment, ce film est une grande œuvre documentaire, mais en lisant Tranquille courage, je me disais aussi que ces histoires simples de héros inconnus nous en apprennent tout autant sur cette période troublée de l’Histoire, en tout cas sur la façon dont les hommes ont pu parfois la vivre : Tranquille courage, c'est une histoire assez peu originale (un aviateur américain, Weston, sorti indemne du crash de son avion, se cache chez un paysan normand, Auguste, qui va l'aider : il va lui bricoler une super planque dans un tonneau capitonné s'il vous plait !) mais qui nous emporte vite dans cette spirale de bons sentiments (sans que cela soit péjoratif) que véhiculent souvent ces histoires simples (le « Augouste ! My friend !! » de la p. 37 résonne agréablement aux oreilles). Nous sommes le 10 juin 1944, donc juste après le débarquement des forces alliées en Normandie, et les combats font rage. Mais c’est finalement plus le propos sur les relations humaines qui retient l’attention : comment ces deux hommes qu’a priori tout sépare vont peu à peu se rapprocher, alors même que ce rapprochement est source de tous les dangers. Le fond historique devient plutôt prétexte à nous raconter cette amitié naissante, avec un certain romantisme : la beauté du sentiment amical face à la laideur de la guerre. Une histoire vraie en plus (apparemment une histoire de famille : celle du grand père de l’épouse du scénariste ; paraît même que Tefenkgi est allé rencontrer René en Normandie : l'histoire se passe quand il a 11 ans et c'est lui qui raconte en fait…). Le ton d’Olivier Merle sonne juste, avec un certain attachement au détail et à la minutie, un ton en phase avec le titre donné à l’ouvrage. Un tranquille courage, boosté par un ou deux p’tits verres de calva, qui rend Auguste extrêmement émouvant dans sa maladresse, dans ses hésitations, et finalement dans ses choix. Et il l’est, tranquille, l’Auguste, car on sent la fin de la guerre arriver et les allemands sont quand même un peu nerveux. Mais il ne se laisse pas démonter l’Auguste : la scène de la gifle semble un peu irréaliste (après une visite chez Auguste, un officier allemand prend congé en disant « nous pouvons partir maintenant » et notre tranquille héros lui répond « de toute façon vous allez bientôt tous partir », ce qui lui vaut… une baffe !), mais dans une bande dessinée qui peut s’adresser aux adolescents, c’est certainement aussi bien comme ça, on n’est peut-être pas obligé de faire flinguer tout le monde (la description de l'exécution de Louaisel est déjà bien assez pénible)… Le premier volet se termine sur un vrai suspens : Bernard, le frère de René, attire un peu trop l'attention en découvrant Weston : « ça pouvait pas durer tout ça... ».
Le dessin d’Alexandre Tefenkgi (premier album pour ce jeune auteur, nourri aux Astérix puis aux comics…) me semble lui aussi sonner assez juste : une campagne visiblement appréciée et qui donne donc plaisir à voir. Les vertes plaines normandes sont bien rendues, les scènes nocturnes sont réalistes… Une mise en couleur assez agréable, plutôt bien faite, un trait assez alerte, parfois un peu naïf, assez vif apparemment quand même, brut peut-être, mais qui est bien adapté à cette histoire simple. Les personnages ont des airs bien sympathiques, on adhère facilement et du coup on est de suite dans l’histoire… J’apprécie tout particulièrement le découpage proposé, il est dynamique et intelligent. Et bravo pour cette belle couverture, elle donne vraiment envie… (Tefenkgi pourrait être invité au salon de la BD du musée du Bourget !) Et oui : Grand Angle de chez Bamboo c’est la BD comme au cinéma… (y’a même une bande annonce bien… cinématographique !). Un bien joli travail pour ce premier album qui laisse augurer certainement du meilleur pour la suite. A noter, un carnet documentaire pour ceux qui auraient besoin de ressituer l’action dans le contexte historique ; pas forcément indispensable, mais bienvenu pour les plus jeunes lecteurs notamment (où comment faire un peu d’Histoire sans ouvrir un livre d’Histoire et avant qu’elle soit supprimée de l’enseignement général…) d’autant que le carnet s’intéresse à Weston et Auguste avec leurs photos (une bien belle photo de famille où figure le fils, René, ici narrateur) et qu’il y a quelques dessins d’ébauche… c’est plutôt bien fait dans l’ensemble. Une bien belle histoire, certainement sans prétention, ce qui ne nuit pas du tout à son intérêt : une tranquille histoire, ce genre justement d’histoire que nous racontent ces résistants de l’ombre qui évoquent cette période et leurs actions personnelles, souvent de petites actions, comparables à ces gouttes d’eau et à ces petits ruisseaux qui font de grands fleuves. Tranquille courage a été désigné coup de cœur de la fête de la BD d’Andenne en Belgique et a reçu le prix de l’album d’or au festival de la bulle d’or à Brignais ; ça ne doit pas être un hasard... Le titre a aussi été sélectionné en 2010 pour le prix BD des collégiens de Poitou-Charentes du festival d'Angoulême.