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Parution    oct. 2006

Homme est mort (Un) - Couverture - © Futuropolis - 2006
© Futuropolis - 2006

Note     5/6
Les notes de planetebd
Scénario 5/6      Dessin 4/6
Genre(s)
Chronique sociale
Un bédien déguisé, sur planetebd

Politique
Un bédien déguisé, sur planetebd

Série terminée en France
1 album(s) paru(s) en France
1 album(s) prévu(s) en France

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Homme est mort (Un)

Histoire d'un film-documentaire ayant pour sujet l'assassinat d'un manifestant lors des mouvements sociaux de Brest en 1950. Une BD-témoignage poignante, par LE spécialiste du genre...

L'histoire :
En avril 1950, le cinéaste René Vautier débarque à Brest, clandestinement. Il doit en effet se faire très discret depuis son film brûlot Afrique 50, un documentaire dénonçant le système colonial français. Cette fois-ci, René répond à l’appel de la CGT, qui souhaite avoir un film sur les mouvements syndicaux d’ampleur croissante sur les chantiers de reconstruction de la ville. En effet, dénonçant la rigueur de leurs conditions salariales, les ouvriers du bâtiment ont tous débrayés, réclamant de meilleurs traitements. Rejoints par les traminots et les dockers, ils projettent à présent une grande manifestation pour le lendemain. René passe la nuit à la campagne, chez des amis, tandis qu’à la mairie de Brest, une décision préfectorale tombe in extremis, interdisant la manifestation. Le lendemain, les trains sont en grève et René est contraint d’attendre une journée de plus pour rejoindre Brest. Il n’assiste donc pas aux évènements tragiques : les contestataires jettent des pierres sur les CRS ; ces derniers répliquent à balles réelles. Un homme, Edouard Mazé, en prend une en pleine tête. Le lendemain, René arrive avec sa caméra et filme sans prise de son les témoignages poignants des syndiqués. Il décide ensuite de compléter ces images par la lecture d’un poème de Paul Eluard : « un homme est mort »…

Ce qu'on en pense sur la planète BD : Conquis par le projet du scénariste Kris, le dessinateur Etienne Davodeau réitère l’expérience de la BD sociale. Après Les mauvaises gens (œuvre multi récompensé), cet auteur complet semble se spécialiser dans la BD-politique de gauche. L’ouvrage Un homme est mort prouve une nouvelle fois que le medium bande dessinée n’appartient pas seulement au prisme du divertissement, mais peut aussi refléter un engagement. Scénarisé par le petit-fils d’un militant communiste, ce récit-témoignage partisan n’évite pas les clichés : il illustre le seul point de vue des manifestants. En l’occurrence, la contestation ouvrière avait carrément du sens, au vu des conditions ouvrières de l’époque ! Mais au delà de l’aspect militant, Kris et Davodeau livrent avant tout un témoignage historique et social poignant. Même si René Vautier est au centre du récit, le véritable héros est son film. Prévu pour témoigner d’un mouvement social, le documentaire habillé du poème d’Eluard en est devenu l’un des acteurs principaux. Un acteur qui combat jusqu’au bout, jusqu’à en mourir ! Car après des dizaines de projections privées, il ne resta rien de la bande filmée de Vautier, réduite en copeaux de pellicules. Elle aussi est donc morte au combat. A l’initiation de Kris et sous les crayons d’Etienne Davodeau, la retranscription en BD permet de ressusciter ce témoignage et de sauvegarder la Mémoire.
Benoit Cassel Un croisement terrien-bedien de la planete bd
Toutes ses chroniques

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Les avis des terriens

Terrien Nadia, note : 5/6
"Une indispensable histoire"

Brest, 1950. Une manifestation ouvrière est le théâtre de la mort d'un homme tué d'une balle en pleine tête par la police. L'album raconte l'histoire du tournage d'un film sur ces évènements, par un cinéaste engagé dans la lutte sociale de l'époque, que les auteurs exposent extraordinairement bien. Deux auteurs faits pour s'entendre et très documentés. Des personnages attachants et proches de nous, évoluant dans une ville de Brest en reconstruction, où l'air du temps est presque palpable, tellement le dessin est juste, tellement les couleurs sont maîtrisées... Jusqu'à ressentir l'intimité des salles obscures lors des projections et l'ambiance de la rue au cours des manifestations. Une belle histoire racontée avec justesse et précision. Un film bientôt ?

Terrien florence, note : 5/6
"Luter contre l\'oubli"

Lorsque les artistes traitent du thème du dérapage des hirondelles ayant pour conséquence un mort, ils font souvent mouche. Dans cette BD les vaches (pour rester dans l'allegorie) prises d'encéphalopathie spongiforme ont commis l'irréparable : abattre un homme. Il est rare dans le monde de la BD de trouver des documentaires même si pour se renouveler c'est de plus en plus le cas. C'est pourquoi j'ai trouvé cet album très intéressant. Habitué aux scénarios à rebondissements, j'ai trouvé dans celui-ci certaines longueurs. Mais le dessin et la coloration d'Etienne Davodeau sont d'une telle clarté qu'ils teintent son travail d'un réalisme stupéfiant. D'autant plus qu'à la fin de l'album un dossier relatant les faits permet de nous plonger un peu plus dans l'affaire. La découverte de cet auteur m'a poussé à lire certains autres de ses titres. Signalons notamment Chute de vélo qui m'a tout autant contenté le regard. Je conseille à tous ceux qui pensent que la bande dessinée n'est pas un art et que l'on n'y trouve que des héroïnes plantureuses, de se plonger dans celle-ci pour constater que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Ce tome raconte une véritable histoire à acheter si on veut rendre hommage à Edouard Mazé. Car une histoire ne tombe dans l'oubli que lorsque celle-ci disparaît de nos bibliothèque. Merci à l'avis de Michel Corre qui nous éclaire sur les évènements qui se sont produits à l'époque. Peut être qu'effectivement la BD aurait pu avoir comme titre : Deux hommes sont mort. Avec deux histoires parallèles et deux points de vue différents.

Terrien guichard, note : 5/6
"histoire vraie"

Une histoire vraie de la grande histoire du peuple français. Brest en ruine, fin de la guerre et la reconstruction se met en route. Une histoire poignante de ces hommes qui vont redonner vie à une ville avec leurs espoirs, leurs peines et le sang qui coule... Le dessin est sobre mais avec le soucis de la réalité.

Terrien Michel, note : 4/6
"Bémol"

(Rédaction à partir d’extraits du livre que je suis en train de rédiger sur la période 45/58 sur Brest)
A propos des grèves et manifestations d’avril 1950, et du décès d’Edouard Mazé.
Je crois que la façon la plus précise de se faire une idée de la réalité de cette tragédie, est de lire tout simplement les nombreux articles de presse, et notamment ceux du « Télégramme » du lendemain, relatant cette journée sanglante, et ainsi de constater la violence inouïe de la manifestation, (qui n’avait rien de romanesque), et de vérifier également une certaine vérité, qui pourrait amener les auteurs de la bande dessinée, à modifier leur titre pour « deux hommes sont morts », en sachant que le deuxième décès concernait un père de famille anonyme, oublié au panthéon inexistant de la martyrologie des serviteurs de l’ordre républicain, tombé sur le pavé de la rue Karabécam, sous la grêle des projectiles lancés par les manifestants, amnistiés à jamais par l’effet « Marabounta* » (un film très en vogue à cette époque), où on ignore la responsabilité individuelle, et où l’on hurle ou bien danse avec les loups, selon la tournure des évènements. Si la « Marabounta » tue, la terminologie est « voies de fait », alors que les forces de l’ordre, en état de légitime défense « assassinent »… au bilan, il y a deux morts, deux morts qui à mes yeux ont la même valeur, et pour lesquels deux familles ont pleuré…
Parler en termes romanesques de ce drame, avec en support un film oublié, commandité à l’époque par la CGT, avec pour témoignage actuel celui d’un des protagonistes de ce chausse-trappe, député communiste et conseiller municipal, humaniste à ses heures sauf pour voter un don de la ville de Brest aux réfugiés hongrois victimes des chars soviétiques en novembre 1956, m’apparaît comme déni de vérité, d’autant que je ressens une très grande compassion pour le sort d’Edouard Mazé, (il méritait mieux qu’une bande dessinée), et que je reconnais la légitimité des revendications des salariés de ces dures années.
On ne parlait d’ailleurs guère à l’époque de manifestations, mais de « luttes ouvrières », et même de « bagarres » : c’est par ce terme que fut qualifié le violent affrontement qui opposa les grévistes aux forces de l’ordre, dans le quartier de Coat-ar-Guéven, le jour fatidique où le jeune manifestant (26 ans) trouva la mort : alors qu’une pluie de projectiles divers (boulons, pierres, morceaux de ferraille) tombaient sur les gendarmes, et que 49 d’entre eux étaient déjà blessés, dont certains grièvement atteints, des coups de feu éclatèrent venant, dit-on, des forces républicaines, sans que l’ordre de tir ne fut donné. Instinct de conservation, réflexe d’auto ou de légitime défense de ces gendarmes coincés dans le piège de la venelle de Kérabécam, face à des manifestants déchaînés, ou résultat d’un tir provenant d’éléments incontrôlés ? : le drame brestois jeta la consternation sur la ville et même sur l’ensemble de la nation. Malheureusement, le jeune ouvrier reçut une balle dans la tête, et décéda à son arrivée à l’hôpital Ponchelet.
L’autopsie du défunt révéla que cette balle aurait pu être tirée d’une fenêtre du futur hôpital Morvan, encore en travaux à cette date, et situé à quelques dizaines de mètres du lieu du drame, mais l’affaire ne semble pas avoir été totalement élucidée. Cette version, bien que plausible, ne peut convenir à la martyrologie ni du PCF, ni de la CGT, aussi, par soucis d’apaisement, les autorités et la presse oublièrent cette éventualité, déjà dans le souci du politiquement correct.
Grièvement blessé à la suite de ces affrontements, le gendarme Gourvès, de Plougastel Daoulas, devait également mourir, ce qui confirme, si besoin était, qu’il s’agissait en l’occurrence d’une véritable émeute urbaine, et non pas d un simple défilé revendicatif « pour obtenir une distribution de lait destinée aux nourrissons », comme certains voudraient nous l’enseigner aujourd’hui.
Pour preuve, il s’en suivi 4 arrestations spectaculaires : celles de deux syndicalistes CGT, et surtout celles de 2 députés communistes du Finistère : Marie Lambert et Alain Signor, qui écopèrent respectivement de 5 et 6 mois de prison avec sursis, pour voies de fait, et ceci en dépit de leur immunité parlementaire. Leur procès avait fait grand bruit : encadré par la « nomenklatura » politique et syndicale, une masse impressionnante de sympathisants, pesa de tout son poids sur le jugement, ce fut, je le pense, la plus grosse affluence que connut le petit « Palais de Justice » provisoire de la place de l’Harteloire !
Comme toujours, en pareilles circonstances, les véritables responsables des évènements manquent totalement de courage, s’en tirent à très bon compte, et osent, plusieurs années après, tirer gloire de ces épisodes douloureux. Dans cette affaire, il conviendrait de dire : deux hommes sont morts : il n’y a pas de vie d’homme qui vaille plus que celle d’un autre.
* « Marabounta » : énorme colonie de fourmis d’Amérique du Sud, qui dévaste tout sur son passage, et qui fait preuve d’une incroyable intelligence collective pour survivre.
Michel CORRE

Terrien Clément, note : 4/6
"Brest la rouge"

Kris, brestois d'origine, passionné d'histoire et notamment des luttes sociales, s'intéresse dans cet album à un conflit qui marque encore aujourd'hui la capitale du bout du monde. Après la guerre, les ouvriers qui reconstruisent Brest se révoltent contre le patronat. Un cinéaste est invité par les sydicats pour filmer un grand moment de la lutte des classes qui aura un tournant dramatique. Ce film fera le tour des barricade. Même si vous n'êtes pas sensible à la politique, vous trouverez dans cette BD une émotion prenante à voir ces hommes se battre pour défendre leurs convictions. Le dessin de Davaudeau est minimaliste. A noter, une documentation riche pour clore cette BD.


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Homme est mort (Un) - Planche - © Futuropolis - 2006
© Futuropolis - 2006
Scénario
Kris
E. Davodeau
Dessin
E. Davodeau
Couleur
E. Davodeau
Editeur
Futuropolis
Fiche officielle

interview de Kris réalisée en 2009

de Davodeau
- Chute de vélo
- Géronimo
- Jeanne de la Zone
- Lulu, femme nue
- Mauvaises gens (Les)
- Québec
- Quelques jours avec un menteur

de Kris
- Coupures irlandaises
- Déserteur (Le)
- Ensembles contraires (Les)
- Monde de Lucie (Le)
- Notre mère la guerre
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