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Dans la nuit, t.2 Troisième sous-sol
 
© Delcourt - 2004
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Interview
Callède et Denys |



Jeunes auteurs à l'origine de Comptine d'Halloween et de Dans la nuit, Joël Callède (au scénario) et Denys (au dessin) se sont imposés par un style graphique réaliste, allié à des ambiances d'épouvante dignes des meilleurs thrillers de cinéma.
(Interview réalisée le
20 sept. 2003)
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 Callède et Denys, ça sonne un peu comme Tom et
Jerry, Tif et Tondu, Heckel et Jeckel… Vous êtes inséparables ?

Callède : Au départ, on ne se connaissait pas. C'est l'éditeur
qui nous a fait nous rencontrer. Ce n'est donc pas un mariage d'amour
mais un mariage de raison. On a appris dans le temps à travailler
ensemble. Dans ces cas, parfois la sauce prend. D'autres fois, c'est
moins évident. Aujourd'hui, ça fait 5 ans qu'on travaille ensemble.
On fête nos noces de... Canson ! Et puis pour l'instant, on a toujours
des projets communs qui nous intéresse autant l'un que l'autre.
Et sinon, vous avez aussi des projets
séparés ?

Denys : Moi, avec personne d'autre que Callède. Avec lui, on réfléchit
à d'autres trucs. Rien de très précis pour l'instant, mais certainement
un peu différent quand même.
Callède : On va essayer de développer l'univers de Denys,
plus proche de Tarantino, John Woo. Un polar décalé, délirant et humoristique.
L'ambiance de Dans la nuit est très structurée, ça impose des contraintes
graphiques. On va donc essayer de mener d'autres projets en parallèle
un peu tarantinesque. On n'en est qu'aux premières ébauches pour l'instant…
Mais au départ, l'épouvante, c'est votre
registre ?

Callède : Disons plutôt que ce sont les projets dans ce registre
que les éditeurs ont retenus, plutôt que des projets pour enfants
que j'avais proposés par exemple chez Dupuis. L'épouvante n'a pas
encore été beaucoup exploitée en BD. On a pris le créneau et peu de
gens nous ont suivi. En tout cas, le genre thriller, épouvante, horreur,
apporte une atmosphère qui nous plait pas mal.
Dans Comptine d'Halloween et dans
Dans la nuit, à chaque fois, le héros est une jeune femme innocentes
et fragile. C'est votre grand truc, ça, les jeunes femmes innocentes
et fragiles ? Ça fait parti des ficelles du genre qu'il faut respecter
?

Callède : Les ficelles du genre, ce serait plutôt la bimbo un
peu idiote, avec des gros seins, qui se fait dégommer en trois secondes.
Par exemple, nous on n'a jamais voulu montrer Betsy nue, ce qui est
rare en BD. On veut sortir des poncifs du genre. Ce sont des choix
de scénaristes. Mais dans le tome 2 de Dans la nuit, y'aura
deux blondes. On évolue !
Denys : Par exemple, en dédicace, je ne dédicace jamais Besty
nue.
En combien de tomes est prévu Dans
la nuit ?

Callède : On ne sait pas encore, en fait. Dans la nuit
est composé d'une histoire différente à chaque tome. Pour nous, le
tome 1 est une histoire close. Ca été mal présenté par l'éditeur.
Il n'a pas précisé que les récits étaient indépendants. Certaines
BD sont parfois vendues avec le sticker " Histoire complète ". On
aurait du présenter la série comme cela. C'est un argument de vente
très fort, et on est un peu passé à coté. Mais Delcourt ne pense pas
que ça posera problème pour la suite de la série. D'ailleurs, nous
aussi on a oublié de mettre 'Fin' à la dernière planche. On espère
que les lecteurs du tome 2 - qui se passe dans un parking souterrain,
plus du genre parking hanté - ne seront pas trop désorientés. Peut-être
que la gamine réapparaîtra dans un autre tome, mais elle n'est pas
un personnage récurrent. Quelques personnages seront récurrents, comme
les flics ou l'animateur radio, le bon samaritain, qui sera l'amorce
de chaque tome. Cette série va adopter le principe de La 4ème dimension,
ou Les comptes de la crypte. L'idée est la suivante : des gens
appellent un animateur de radio, et une fois qu'ils raccrochent le
téléphone, qu'est ce qu'il se passe ? On va suivre les gens, comme
des auditeurs nocturnes, " dans la nuit ". Au bout de 2, 3 tomes on
espère que les lecteurs auront compris le principe. On compte sur
les journalistes pour faire passer l'info !
Dans Comptines d'halloween, le
théâtre de l'intrigue est une petite ville nommée Creeper Creek… Pourquoi
pas Castle Rock ? Ca sent le Stephen King à plein nez, non ?

Callède : J'assume complètement, au moins pour Comptine d'Halloween,
la référence à Stephen King, notamment pour la narration du début.
C'était le choix d'emblée de piocher dans les références ultra-connues
du genre, en y apportant notre petite touche. Dans Dans la nuit,
un père qui devient fou et qui veut tuer son enfant, c'est clairement
Jack Nicholson dans Shining. Pour le coup, on a même mis en
note de bas de page que cette scène du film nous a directement inspiré.
Sur le tome 2, il y aura moins de références connues.
Ne craignez vous pas de vous enfermer
dans ce genre ? Qu'on vous colle l'étiquette Stephen King en BD ?

Callede : En tant que scénariste j'ai quelques autres projets,
mais ce sera toujours du thriller contemporain, en moins horrifique.
Ce ne sera pas aussi sombre. J'ai notamment un projet qui sort en
mars chez Vent d'Ouest.
Est-il possible que vous fassiez un jour
une série dans la collection vécu, sur la petite vie de famille d'Elizabeth
d'Autriche (Sissi) ?

Callède : Moi, à la base, j'ai une licence d'histoire. Mais paradoxalement,
la BD de genre historique ne m'intéresse pas du tout. En tous cas,
je ne ferai pas ce genre de projet avec Denys... Je suis quelqu'un
de très fleur bleue, très naïf. Je peux même écouter du Mariah Carey
quand je fais ce genre de BD. Je tiens à le dire, tant pis pour nos
ventes ! Denys est consterné par mes goûts. Il m'avait fait une compile
avec la comptine de Betsy en pensant que ça m'influencerait. Mais
je n'ai jamais travaillé avec car justement, quand on scénarise de
l'horreur, pour ne pas péter un câble, il vaut mieux écouter du Carey.
Denys : Nos goûts se rejoignent dans l'épouvante, même si
on n'a pas les mêmes goûts dans la vie de tous les jours. A la base,
j'aime le polar. Callède, ce n'est pas trop son truc.
Et toi Denys, comment as-tu commencé ?

Denys : Publicité à Nantes. J'avais travaillé dans des fanzines
sur Nantes, et puis sur Paris. Comptine d'halloween était ma
première BD parue. J'ai eu d'autres projets, mais qui n'ont pas abouti.
Je mets environ un an pour sortir un album, avec une vitesse de croisière
de 4 à 5 planches par mois.
Comment travaillez-vous ensemble ?

Callède : J'envoie le découpage tous les mois par fax.
Denys : Dès que je reçois le découpage, je fais un story board
et je lui re-faxe. Ensuite, on en discute. Il y a toujours une discussion,
au niveau de la mise en scène. Globalement, on est d'accord à 90%.
Sur les 10% restant, on discute, mais on ne se déchire pas.
Callède : Le plus étrange, c'est que dans la vie, je ne suis
pas sur qu'on se retrouverait vraiment. On n'a pas les mêmes goûts,
ni la même façon de voir la vie. Et paradoxalement, on travaille beaucoup
plus facilement ainsi que d'autres auteurs. Denys est de Nantes et
moi je suis à Pau. On ne se voit que dans les salons !
Si vous étiez des bédiens, quels seraient
les bds que vous aimeriez faire découvrir au terriens ?

Callède : Voyage en Italie, de Cosey, dans la collection
Aire Libre de Dupuis. C'est superbe. J'avais envie de pleurer à la
fin ! Cette collection est magnifique. C'est un appel du pied !
Denys : J'aime bien Miller, la collection Semic book, Gaston
Lagaffe. Mais si il ne faut en citer qu'une, lisez Torpedo
de Bernet, principalement les premiers tomes.
Si vous aviez le pouvoir cosmique de vous téléporter dans le crâne d'un autre auteur de BD, chez qui auriez-vous élu domicile ?

Callède : Un auteur qui se fait plein de nanas ! Non, même réponse
que précédemment : Cosey.
Denys : Au niveau du trait, toujours les premiers Torpedo
de Bernet. J'adore son aisance au pinceau, son coté nerveux. En plus,
il était très rapide, il alignait 3 planches par jours je crois. Ça
m'impressionne carrément parce qu'en plus, c'est de grande qualité.
Et bien en tous cas, nous autres bédiens,
aimons beaucoup frissonner grâce à vous. Et comme nous apprécions
également les jeunes femmes innocentes et fragiles, nous vous souhaitons
une collaboration des plus prolifiques. Un grand merci pour cet entretien
!
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