Oublier Tiananmen, bd chez Cambourakis de Reviati ©Cambourakis édition 2013

Oublier Tiananmen

Vingt ans après le soulèvement des étudiants chinois sur la place Tian'anmen, un journaliste italien se rend à Pékin pour interroger acteurs et témoins en vue d'un article. Etat des lieux, confession et lutte contre l'oubli, une BD-hommage très réussie.

L'histoire : 1989 : la Chine populaire est le théâtre d'un soulèvement étudiant sans précédent, regroupant des centaines de milliers de personnes en quête de liberté et de démocratie. En juin, plusieurs milliers sont massacrés place Tian'anmen et dans les jours suivants les arrestations se multiplient. Vingt ans plus tard, un journaliste italien se rend sur les lieux pour y recueillir témoignages et impressions, et rencontrer les acteurs de ce moment important de l'Histoire de Chine. En marge du reportage, Dario espère retrouver Fu-Chi, fille d'un réfugié politique dont il était éperdument amoureux. Ils s'étaient promis de se retrouver vingt ans plus tard place Tiananmen : Dario ignore ce qu'elle est devenue, mais une insoutenable envie d'y croire le pousse à accomplir ce voyage en forme de reportage intimiste...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Cette BD, qui est tout à la fois le portrait critique d'un pays communiste aspiré par le capitalisme et le témoignage intimiste sur la nostalgie d'un amour perdu, dégage un charme fou. L'auteur italien Davide Reviati évite l'exposé historique pour s'approprier, par un graphisme expressionniste de toute beauté, cet évènement tragique de l'histoire de Chine, ponctué par une répression sans précédent, symbole d'un régime politique qui peine à se moderniser. La réussite de Oublier Tian'anmen tient dans sa recherche formelle épurée et sa poésie contemplative. Pas de bons sentiments ici, mais un parti-pris graphique minutieux : par un noir et blanc expressif alternant encre et peinture, il rend présent les visages oubliés en les suggérant ou en les effaçant, stylise les paysages urbains, capte les scènes du quotidien, les monuments-symboles et esquisse les décors pour mieux donner à voir l'ampleur de l'oubli qui confine parfois à l'ignorance, puis rend palpable le degré de violence de la répression, une manière de reconstituer le fil de l'histoire individuelle et collective. En plus, l'auteur italien a tout compris de l'art de la bande dessinée : judicieusement, il suspend le rythme par des pauses contemplatives ou silencieuses, varie angles et perspectives puissants, tout en allant à l'essentiel en termes de narration. Deux grandes cases aérées par page, muettes parfois, mettant en valeur un texte rare mais d'une parfaite justesse. On a le sentiment que depuis Etat de veille, Davide Reviati a épuré son travail pour gagner en équilibre, entre documentation fine jamais pesante et émotions. Ici, l'économie de moyens est une totale réussite. Pour préciser le contexte, une note rapide mais suffisante en fin d'ouvrage. L'auteur livre bien une interprétation personnelle et intimiste via un travail sur la mémoire, à la fois puissant, touchant et mélancolique. Les victimes de la répression ne pouvaient rêver plus bel hommage.

  • scénar dessin


2 mars 2013



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Oublier Tiananmen, bd chez Cambourakis de Reviati ©Cambourakis édition 2013

17 février 2013

Cambourakis

voir la fiche officielle

9782366240245

ado / adulte

Historique, Sentimental

scénariste
dessinateur
couverture
 

Oublier Tiananmen série terminée en France
1 album paru, 1 prévu