Industriel, bd chez Mosquito de Zezelj ©Mosquito édition 2012

Industriel

Une expérience unique d’une bande dessinée sans texte (pas très accessible pour les novices) qui montre de façon éclatante le talent sombre et fascinant de Danijel Zezelj.

L'histoire : INDUSTRIEL1 : Un ouvrier noir travaille sans relâche dans l’enfer des machines d’un bateau. Arrivé sur la terre ferme, l’homme remarque la présence d’une femme sur le pont. Celle-ci est magnifique. Sa beauté fascine l’ouvrier qui entrevoit enfin une porte de sortie à sa condition. Pourtant, ils ne sont pas du même monde et la réalité le rattrape cruellement : l’inconnue s’en va à bord d’une belle Limousine, dans les bras d’un homme riche. Errant sans but dans les rues de la ville tentaculaire, l’homme tente de se révolter contre la misère sociale. Il suit un mouvement révolutionnaire qui l’amène devant un grand palais : celui-là même où la belle créature du bateau s’était rendue… La grève tourne à l’émeute et notre homme se fait emprisonner. Ruminant sur son sort, il réfléchit aux solutions qui lui restent pour se sortir du monde industriel…
INDUSTRIEL 2 : Une jeune femme travaille à la chaîne dans une usine. Gagnée par le rythme implacable des cadences de travail et des pauses dictées par les sirènes hurlantes, elle paraît triste et sans vie. Pourtant, une image l’obsède : un tigre qui marche majestueusement dans l’usine et la ville. Dans la rue, elle croise un homme dans une voiture et tombe amoureuse. Au sein d’une culture underground (musique rock, tags gigantesques), l’ouvrière reste attirée par cet homme riche et élégant qui roule dans une belle limousine. Quand… un jour, elle le croise à nouveau. La voiture s’arrête et prend la jeune femme. L’homme lui tend une coupe de champagne. Mais c’est un piège, car il y ajoute une pilule… Jetée ensuite sur les quais glauques de la ville, la pauvre femme tente d’échapper au monstre industriel…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Danijel Zezelj, dessinateur croate, ne fait vraiment pas comme tout le monde et ne tombe jamais dans la facilité. Après plusieurs travaux forts et décalés dans l’univers comics Vertigo, il coopère avec le Français Jean-Pierre Dionnet pour sa série Des Dieux et des Hommes, le temps d’un album. Aujourd’hui, le dessinateur travaille seul et… sans texte ! Le présent album est un tour de force spectaculaire : aucun phylactère ni encadré narratif… pas même une seule onomatopée. Le dessin se fait texte… Une superbe occasion d’admirer la maestria graphique de Zezelj. Dans de grandes cases, l’auteur manie à la perfection le noir et blanc. Son style est assez unique et vaut le coup d’œil : sur de grands aplats noirs, le blanc perce l’obscurité et dessine des formes anguleuses et souvent inquiétantes. Entre la virtuosité du trait d’Enki Bilal et la beauté sombre du noir et blanc d’Alberto Breccia, Zezelj est vraiment un illustrateur phénoménal. A travers le difficile exercice de faire une BD muette, Zezelj parvient à raconter deux récits forts et envoûtants. Les enchaînements virtuoses de plans et la beauté des cases sont une véritable évasion et forment une sorte de rêve poétique. Loin d’emprisonner son créateur, l’absence de texte est une véritable liberté : la puissance graphique est suffisamment évocatrice et très parlante en soi. Au contraire, le « mode muet » donne une impression de songe évanescent et donne un rythme lent et méditatif au récit. Les deux histoires, qui ont plusieurs points communs et se répondent à travers des détails visuels, sont encore des réminiscences des thèmes qui hantent l’auteur, comme un vaste cauchemar : l’homme (ou la femme dans le deuxième récit !) est emprisonné et étouffé dans une ville gigantesque aux sommets inaccessibles et inhumains. Face à l’inhumanité de la modernité, aux suffocantes cheminées, aux angles et charnières des bâtiments, aux froids visages des passants, l’homme doit retourner à sa nature, à son état animal. Ainsi, les deux malheureux héros sont comme accompagnés par la figure magistrale d’un animal fier et puissant : la baleine pour l’ouvrier et le tigre pour l’ouvrière. Cette créature indépendante et farouche sonne la révolte et amène les personnages à sortir du piège industriel. Même si l’art peut être une porte de sortie (comme d’habitude chez Zezelj, l’art est celui, populaire, qui tague les murs ou celui qui fait bouger violemment les corps comme la musique), il n’est pas suffisant et seule l’action pourra détruire les carcans du monde moderne et tentaculaire. L’action ne peut donc être que violente et la porte de sortie qu’empruntent les deux héros est sombre et sanglante. Comme dans un rêve, l’homme tente de se sortir de sa condition par la révolte et la destruction : « Et puis arrive ce jour où le rêve prend corps dans la rage et la lutte ».

  • scénar dessin


24 juin 2012



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Industriel, bd chez Mosquito de Zezelj ©Mosquito édition 2012

20 juin 2012

Mosquito

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9782352830719

ado / adulte

Roman graphique

Industriel série terminée en France
1 album paru, 1 prévu