La Dernière image, bd chez Soleil de Jakupi ©Soleil édition 2012

La Dernière image

Originaire du Kosovo, territoire des Balkans à majorité albanaise placée sous l’autorité de l’ONU depuis 1999, Gani Jakupi a voulu témoigner d’un Etat meurtri, à travers l’œil du journaliste prudent qui s'interroge sur les limites de son métier.

L'histoire : Ancienne province autonome de l’ex-Yougoslavie, le Kosovo a connu la guerre et la répression. En 1996, naît l’UCK, l’Armée de la Libération du Kosovo, qui va s’opposer aux Serbes. Le conflit éclate en 1998 et la répression exercée par les forces serbes à l’encontre des Albanais entraîne une réaction des pays occidentaux. L’ONU décide d’intervenir par des bombardements en 1999 et Milosevic, chef serbe, déporte en conséquence la moitié de la population du Kosovo vers les Etats voisins. Aujourd’hui, le Kosovo est une république placée sous la tutelle de l’ONU, mais non reconnue officiellement par elle comme Etat souverain. C’est dans ce contexte tendu que Gani Jakupi décide de retourner sur les terres de ses cousins, en compagnie d'un photoreporter avec lequel il entretiendra des relations tendues. Son expérience devait se traduire par la publication d’un reportage dans un journal. Elle prendra finalement la forme d’une bande dessinée de reportage sur le reportage. L’occasion pour lui de s’interroger sur le statut de l’image, la difficulté du métier de reporter, la déontologie, les méthodes utilisées et le rapport à l’information du public. Qu’est-on prêt à accepter, à regarder et à transmettre ?

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  A la différence d'un Joe Sacco dans Gorazde, Gani Jakupi s’attarde moins sur le récit de la guerre ou le destin collectif d’un pays, qu’il ne soulève de questionnements sur le métier de journaliste et le rôle de l’information. Comment témoigner de l’horreur, restituer l’épuration ethnique tout en gardant la distance nécessaire du journaliste dont la première mission est d’informer ? Jakupi s’est donc rendu avec un photoreporter dans un pays miné par les conflits entre Albanais et Serbes. Il y témoigne de l’ambition démesurée de certains correspondants de guerre, de ses relations tendues avec le photo-reporter, de ses méthodes douteuses mais aussi du mélange de pouvoir et d’impuissance propre au métier. Car l’information, nous dit Jakupi, d’amont en aval, est contrôlée, transformée, quand elle n’est pas tout bonnement censurée. Dès lors, que faut-il montrer au consommateur d’image et comment le faire ? A l’appui d’une voix off, l’auteur pointe les limites et ambiguïtés d’un travail qui se voudrait objectif, neutre, tiraillé entre deux tentations, celle du scoop spectaculaire et celle du pathos larmoyant. Car d’autres journalistes, peu scrupuleux, feront le choix de l’émotion lacrymale pour transmettre l’info, quitte à verser dans l’excès. Plus une réflexion critique sur le journalisme d’investigation qu’un reportage froid et circonstancié sur le conflit au Kosovo, complété par des entretiens avec six grands reporters, La dernière image séduit moins qu’une BD de Joe Sacco, car le propos, redondant ou sibyllin par moment, finit par tourner en rond au fil des pages. (Jakupi veut-il questionner le métier de correspondant de guerre ou évoquer le conflit au Kosovo ? Ou les deux ? Ce n'est pas toujours clair…). L’auteur y adjoint enfin un joli graphisme délavé à l’aquarelle, qui montre sobrement, mais avec force, les stigmates de la guerre. Intéressant, à défaut d’être pleinement convaincant.

  • scénar dessin


11 juillet 2012



Pour être alerté par email dès la publication d'une chronique dans cette série,
saisissez  et



prix 17.95-5% = 17.05

sur


La Dernière image, bd chez Soleil de Jakupi ©Soleil édition 2012

23 mai 2012

Soleil

Noctambule

voir la fiche officielle

9782302020627

ado / adulte

Guerre, Roman graphique

scénariste
dessinateur
coloriste
 

La Dernière image série terminée en France
1 album paru, 1 prévu