parution 14 avril 2017  éditeur Urban Comics  collection Urban Indies
 Public ado / adulte  Thème Anticipation, Independant

Starve

Cuisine et dépendance (intégrale)

Gavin Cruikshank doit revenir à New York pour participer à un jeu de télévisé où il faut être le meilleur cuisinier. Un récit dense, intelligent et puissant qui donne une recette raffinée et savoureuse, à déguster sans modération.


Starve : Cuisine et dépendance (0), comics chez Urban Comics de Wood, Zezelj, Stewart
  • Notre note Blue Star Blue Star Blue Star Grey Star
  • Scénario Blue Star Blue Star Blue Star Grey Star
  • dessin Blue Star Blue Star Blue Star Grey Star

L'histoire :

Depuis qu'il a fait faillite à cause de la chute des côtes en bourse, Gavin Cruikshank a lâché son émission télévisée, Starve. Désormais sa vie est rythmée aux grés des sorties avec des amis. Drogue, bagarres, alcool de riz, plats asiatiques... il vit au jour le jour et n'a jamais été aussi heureux. C'est quand sa sonnette retentit qu'ils se soucient d'un détail qu'il avait oublié: son contrat avec la télé n'a pas expiré même s'il a quitté le business. Un jeune homme bien habillé, Sheldon, est devant la porte et il est venu en hélicoptère ! Ce qu'il redoutait est arrivé: la boîte de production le rappelle et a besoin de lui. L'émission Starve n’est pas finie et Gavin doit rempiler pour huit nouveaux épisodes. Tout est organisé: un jet l'attend direction New York. Sheldon a bien fait les choses car ils n'auront même pas à passer les douanes, arrivé la bas. Gavin n'a pas le choix et embarque. Pour s'occuper et parce qu'il en a envie, il a décidé de vider toutes les bouteilles d'alcool. Le voyage va être long...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Brian Wood s’attaque à un nouveau sujet : la puissance de la téléréalité, associée au monde de la cuisine. Dans un récit d’anticipation nerveux et superbe, on suit pas à pas la quête de rachat du vieil Gavin Cruishank. De retour aux affaires, Gavin doit montrer ses talents culinaires au service de l’émission qu’il avait lui-même créée. Pourtant, le retour à son passé ne va pas se faire sans douleur. Le récit est multiple et les thématiques fortes s’entremêlent un peu comme une bonne recette où l’on mélangerait savamment les ingrédients. La solitude, le divorce, l’amour et la haine, la misère sociale, le lien père-fille, la puissance des médias: tous ces thèmes et bien d’autres sont traités avec une force rare. Le fil conducteur reste cette fameuse émission « Starve » : un concours de cuisine façon télé réalité. Les chapitres sont autant d’épreuves et de paliers à franchir jusqu’à la fameuse finale. L’ambiance des fourneaux, des grandes toques et des longues cuillères en bois, façon compétition impitoyable, est des plus savoureuses. Cette thématique originale n’est pas qu’un prétexte à rebondissements puisque Wood glisse de nombreuses recettes de cuisine et traite de tous les sujets liés à l’alimentation : l’élevage des animaux, les abattoirs, l’art de la table, la décoration, le don de soi pour les autres et le savoir-faire. On se croit très vite pris dans le rythme effréné des cuistots et les surprises (du chef) sont nombreuses. De plus, le propos est très complexe puisque Brian Wood décrit une société touchée par la pauvreté et la misère : le concours qui consiste à manger des plats raffinés et précieux aux denrées rares revête alors un message social des plus forts. L’histoire est prenante et ne vous lâche jamais. Il faut dire que Brian Wood s’est entouré d’une équipe digne des grands restaurants étoilés ! Au dessin, Danijel Zezelj fait sensation. L’album est taillé pour son style avec ses rues sombres et tentaculaires, ses personnages marqués par la vie et les désillusions. Seul reste l’espoir d’un monde meilleur à travers le sublime visage d’Angie. L’artiste croate doit en plus réaliser des scènes étranges de cuisine et de luttes farfelues pour incarner la guerre lancée par Starve. Son style nerveux et son trait hachuré est parfait, plein de noirceur et d’humanité à la fois. Dave Stewart, qui a déjà travaillé pour Zezelj dans Luna Park, offre des couleurs délicates et quasi monochromes pour représenter au mieux le style noir et blanc puissant de Zezelj. Même si rien ne vaut les planches noir et blanc de Zezelj, les couleurs restent toutefois belles et maîtrisées. On pourra juste regretter que dans cette histoire aux petits oignons, le récit perde en intensité au fur et à mesure des chapitres. Quand on sort de la tension du jeu, le rythme faiblit même si l’ensemble reste très cohérent. Prenez un scénariste renommé, ajoutez-y un thème original et percutant, distillez le dessin envoûtant de Zezelj avec les couleurs de Dave Stewart et rajoutez un soupçon de suspense et d’humanité et vous obtenez ce qui se fait de mieux dans le comics indépendant.

voir la fiche officielle ISBN 9791026811268