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interview Manga

Masahiro Ikeno

©Komikku éditions édition 2013

Pour fêter la parution de leur premier shônen, Malicious Code, les toutes jeunes éditions Komikku avaient fait venir l’auteur de la série en France simultanément à la sortie des deux premiers tomes. Très généreux, ce jeune auteur qui est aussi enseignant dans une école de manga au Japon réalisait un dessin pour chacun de ses fans venus le voir en dédicace, là où d’autres se contentent bien souvent d’une simple signature. Malicious Code est une série courte et intense qui plonge rapidement le lecteur dans l’ambiance oppressante d’une Tokyo cloisonnée où des jeunes gens s’entretuent à coups de pouvoirs étranges. Nous sommes allés à la rencontre de son créateur pour en savoir plus sur la genèse de cette série...

Réalisée en lien avec l'album Malicious Code T1
Lieu de l'interview : Paris

interview menée
par
4 octobre 2013

Comment êtes-vous devenu mangaka, et pourquoi ? image2
Masahiro Ikeno : Depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé le dessin et je voulais donc faire un travail dans ce milieu-là. Après, j’ai appris par moi-même à dessiner et, pour me perfectionner, j’ai quitté ma ville natale et je suis allé à Tokyo où j’ai été assistant de plusieurs mangakas. Je faisais donc tout ce que les mangakas délèguent à leurs assistants, comme l’encrage notamment. Après cela, j’ai gagné un prix pour un manga que j’avais fait moi-même et que j’avais présenté à un concours de l’éditeur Shogakukan, ce qui m’a permis de faire mes débuts en tant que mangaka.

Pouvez-vous présenter Malicious Code aux lecteurs qui ne connaissent pas encore la série, de façon à leur donner envie ?
Masahiro Ikeno : C’est un manga d’action, très énergique, qui va très vite. Il y a un peu de sang pour pimenter un peu l’histoire. Je pense que cela peut plaire à un public de grands adolescents. Au niveau du scénario en lui-même, je pense que c’est une histoire dans laquelle on rentre bien. J’ai fait mon maximum pour que cela soit attrayant et moi-même je me suis amusé en la dessinant, donc je crois que ça pourra plaire à beaucoup de gens.

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L'univers de Malicious Code fait penser à un mélange de genres, à une sorte de Battle Royale fantastique. Quelles ont été les influences sur la série ?
Masahiro Ikeno : J’aime beaucoup les shônen et j’en ai beaucoup dessinés. J’ai grandi en suivant les séries du magazine Jump et du Sunday. En dessinant Malicious Code, je me suis vraiment donné pour objectif de faire un manga d’action. En ce moment, je trouve qu’il y a de moins en moins de mangas de combats, donc j’avais envie d’en faire un. J’ai essayé de prendre les codes du shônen qui me plaisent et de les utiliser dans ce manga.

D'où est venue l'idée de cloisonner la ville de Tokyo, et qu'un virus ravagerait si vite la population ? Est-ce que ce sont des peurs personnelles ? image4
Masahiro Ikeno : Une des raisons, c’est effectivement que je me suis dit que, s’il y avait une pandémie qui se déclarait à Tokyo, le Japon n’est pas équipé pour réagir rapidement, donc ça se propagerait vite. L'autre point, c’est que j’avais envie de travailler sur des combats qui se passeraient dans une ville morte, sans habitants. Du coup, il fallait également fermer la ville pour justifier qu’il n’y avait plus personne, d’où le côté mise en quarantaine de Tokyo.

Juste avant Malicious Code, vous avez fait Dive (non traduite en France pour le moment) : quel regard portez-vous sur votre première œuvre ?
Masahiro Ikeno : C’est un titre qui m’a beaucoup appris lorsque je travaillais dessus. Comme c’était publié par un gros éditeur, la contrepartie était que je n’étais pas libre de faire ce que je voulais. Mais j’ai également beaucoup appris de cette manière de travailler, et cela m’a fait comprendre et m’a donné envie de faire ce que je voulais réellement.

Malicious Code est une série terminée en 4 tomes. Etait-ce la longueur prévue dès le départ ou bien la série a-t-elle été arrêtée avant terme, par exemple par manque de succès ?
Masahiro Ikeno : Avec le recul, je me dis que j’aurais bien prolongé la série d’un ou deux volumes. Le nombre de tomes n’était pas décidé d’avance, c’est rarement le cas. Nous l’avons écourté car nous avions commencé à réfléchir à un nouveau projet avec mon éditrice. Du coup, on était tellement motivés par ce nouveau projet que, finalement, je me suis retrouvé dans une phase un peu transitoire et on a voulu terminer Malicious code un peu rapidement. Mais maintenant je regrette un peu de ne pas l’avoir prolongée.

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Quel est ce nouveau projet sur lequel vous travaillez maintenant ?
Masahiro Ikeno : Ce sera toujours un shônen d’action, et pour le moment nous sommes en train de peaufiner le projet avec mon éditrice, donc je ne peux pas vous en dire plus, cela reste encore secret...

Lisez-vous des BD/mangas/comics ? Si oui, lesquels sont vos favoris ? Des lectures récentes à recommander à vos lecteurs ? image6
Masahiro Ikeno : Il se trouve que j’ai lu pas mal de BD européennes car ma copine aime bien aussi, et nous avions eu l’occasion d’en acheter, mais je ne me rappelle pas des titres... Je lis aussi régulièrement des mangas, j’en achète certains pour me documenter et d’autres pour mon propre plaisir. Actuellement, je lis un manga qui s’appelle Kingdom (non traduit en France, NDR) et qui est publié dans le Weekly Young Jump. J’aime bien tout ce qui est manga historique. Sinon, mon manga préféré entre tous, c’est Ushio & Tora de Kazuhiro Fujita-senseï (non traduit en France, NDR). C’est ce manga qui m’a donné envie de démarcher le magazine Sunday pour être publié dedans. J’ai eu la très grande chance d’être publié en même temps que cet auteur dans le magazine. Je trouve que c’est une chance extraordinaire car c’est vraiment mon manga préféré, celui qui m’a donné envie de faire du manga...

Si vous aviez le pouvoir de visiter l’esprit d'un autre artiste pour comprendre son génie, ou lui piquer des techniques, etc., qui choisiriez-vous et pourquoi ?
Masahiro Ikeno : Je pense que si j’avais ce pouvoir, je ne rentrerai pas forcément dans l’esprit d’un artiste. Je préférerai visiter celui d’un enfant entre 3 et 5 ans car les enfants ont une créativité débordante, et je pense que ce serait plus bénéfique pour moi et plus stimulant intellectuellement de visiter un tel esprit.


Merci !






Merci aux éditions Komikku et à Sahé Cibot pour la traduction


Toutes les illustrations de l'article sont ©Masahiro Ikeno
Toutes les photos sont ©Nicolas Demay