parution 07 mars 2012  éditeur Soleil  collection Soleil Classiques
 Public ado / adulte  Thème Politique, Chronique sociale Seinen

Le Manifeste du parti communiste

Avec l’explosion de l’ère industrielle du XIXème, les prolétaires exploités vont revendiquer d’autres systèmes de valeur : le socialisme et le communisme. L’idée de romancer les théories de l’ouvrage est louable mais le traitement est raté.


Le Manifeste du parti communiste, manga chez Soleil de Marx, Variety artworks studio
  • Notre note Red Star Grey Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Red Star Grey Star Grey Star Grey Star

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  • dessin Red Star Grey Star Grey Star Grey Star

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©Soleil édition 2012

L'histoire :

A la fin du XIXème siècle, l’ère industrielle a multiplié les usines en ville et l’économie capitaliste s’est développée à plein régime, faisant des bourgeois les nouveaux maîtres de la société. Sans eux, pas de travail, aussi les ouvriers n’ont-ils pas le choix : ils doivent obéir chaque jour aux conditions de plus en plus inhumaines qui leurs sont imposées s’ils veulent pouvoir manger et retrouver leur travail le lendemain. Traité comme du bétail remplaçable, presque des esclaves, les prolétaires subissent ainsi toujours plus d’injustices et de pressions et, régulièrement, des esclandres éclatent dans les usines. Mais isolées et sans moyen légal de lutter, ces révoltes individuelles ou en petits groupes ne font que les mettre au chômage ou les conduire carrément en prison. C’est ce qui arrive à Bill, Franck, Bert et Simon lorsqu’ils se soulèvent contre la maltraitance d’un de leurs camarades de l’usine. Pour avoir démoli du matériel et frappé les contres-maîtres, Bert et Simon sont recherchés par la police, tandis que Bill et Franck gardent leur travail mais voient leur cadence de production multipliée à un point presque intenable. Mais un homme va venir leur proposer de devenir membre de son syndicat de travailleurs. Sous peu, il compte monter un parti avec l’aide d’un bienfaiteur financier, et à terme créer une ville où chacun pourra vivre dans l’égalité, sans aucune forme de domination. Quelques mois plus tard, l’objectif est atteint et la ville d’Utopie est belle et bien créée. Mais bientôt, l’homme qui a financé cette révolution va révéler son vrai visage, tandis que des industriels capitalistes vont utiliser le pouvoir policier pour réprimer le soulèvement prolétaire...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Après Le capital, adaptation de l’œuvre éponyme de Marx et d’Engels, le studio Variety Art Works s’attaque cette fois au Manifeste du parti communiste des mêmes auteurs, mais avec moins de réussite. Si le titre précité se donnait au moins le luxe de s’étaler sur 2 volumes, le manifeste ci-présent ne tient lui que sur un unique tome d’un peu moins de 210 pages. Mais, se dit-on, peut-être qu’avec du savoir-faire et un récit mené de manière intelligente, cela pourrait suffire... Malheureusement, malgré la volonté de romancer le propos à travers l’histoire de plusieurs ouvriers, chacun présentant un comportement différent devant l’exploitation (la révolte silencieuse, non violente ou musclée, la passivité, la voie de la politique...), le résultat est médiocre. Et la liste des défauts commence dès la couverture où on ne voit crédité que le seul nom de Karl Marx, ce qui passe sous silence la participation de Friedrich Engels à la rédaction de cet essai (erreur qui est heureusement réparée dès la première page, mais tout de même...). De la même manière, on n’aurait rien eu contre une courte préface contextualisant la création de ce titre, même si une postface apporte quelques éléments, mais bien trop peu... Ensuite, dès que l’histoire commence, on est rapidement perturbé de voir que les premières explications sont répétées deux fois de suite, et que d’autres suivront cet exemple plus loin dans le récit, donnant une impression de remplissage inutile. Toujours en ce qui concerne les explications, certaines ne correspondent pas aux cases qui les illustrent, et d’autres sont des raccourcis trop mal expliqués. Mais le pire vient probablement des points qui sont tout simplement occultés et présentés comme des évidences alors qu’il n’en est rien. Et encore à propos des textes de narration, on regrettera aussi des tournures peu simples, sans compter qu’il manque une ou deux virgules pour que cela soit tout à fait cohérent. Pour compléter ce tableau peu reluisant, les dessins sont faiblards également : des visages pas toujours bien gérés, des cases souvent foireuses dès qu’on y voit plusieurs protagonistes avec un peu de perspective ou encore des décors minimalistes et des personnages au look largement stéréotypé... Le récit en lui-même est présenté sous la forme de l’histoire d’ouvriers en lutte contre le système capitaliste de l’ère industrielle et qui cherchent à pouvoir vivre dignement. Après avoir constaté leur impuissance à se révolter directement, ils vont tenter de créer une ville, Utopie, qui comme son nom l’indique est pour eux un paradis rêvé où tous sont égaux et où l’argent est reparti de manière équitable. Seulement, les capitalistes ne sont pas prêts à les laisser faire et à perdre leurs privilèges, et vont donc ruiner leurs plans... Cette façon de parler des théories exposées dans le manifeste en le romançant est bien trouvée, mais il y a trop d’ellipses et, à l’image du Capital, les choses sont présentées de manière trop partisane : le capitalisme est diabolisé sans en dégager les points positifs, les communistes sont les seuls gens à se montrer humains, etc. Mais la solution proposée n’est pas, de l’aveu de Marx et Engels qui interviennent de temps à autres dans le récit, réalisable sans avoir au préalable renversé complètement la société capitaliste, et cela par la violence, aucune autre solution n’étant réellement envisagée. Les autres variantes des mouvements communistes sont quant à elles dénoncées comme inefficaces sans que les raisons ne soient développées. Au final, tout cela n’est donc pas très convainquant... Là encore, comme pour d’autres titres du studio, on préférera finalement laisser cette version manga dans les rayonnages et, pour approfondir le sujet, on se tournera donc plutôt vers le texte originel.

voir la fiche officielle ISBN 9782302018778