L'histoire :
Samuel Beckett naît à Dublin en 1906. Il grandit aux côtés de son père, métreur au tempérament bienveillant, de sa mère, engagée auprès des malades, et de son frère aîné. Malgré une enfance apparemment confortable, il ne s’y épanouit pas vraiment et ne se sent pas heureux. À la fois sportif et intellectuel, il développe très tôt un goût prononcé pour la littérature et les langues. À la fin des années 1920, il s’installe à Paris, où il fréquente de nombreuses figures artistiques déterminantes pour son parcours. La mort de son père marque un tournant. Beckett traverse alors une période de troubles psychologiques et séjourne quelque temps à Londres. Cette période s’avère, elle aussi, décisive. Vient ensuite la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il s’engage dans la Résistance, participant notamment à la frappe de documents clandestins. Contraint de fuir avec sa compagne à la suite d’une descente de police, il se réfugie dans le Sud de la France. C’est là qu’il écrit une grande partie de ses textes, publiés par la suite, souvent contre sa volonté.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Samuel & Beckett, les auteurs s’attaquent à une figure aussi fascinante que déroutante de la littérature. Plutôt qu’une biographie classique, l’album propose une plongée fragmentée dans l’existence de l’écrivain, mêlant faits avérés et passages plus fantasmés, pour ne pas dire hallucinés. De l’enfance aux troubles psychologiques, de son engagement dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la publication de ses manuscrits et la consécration théâtrale d’En attendant Godot, le récit embrasse les grandes étapes de sa vie. Le ton épouse bien l’univers de Beckett, profondément nihiliste. Mais il peut aussi perdre le lecteur en route. La narration, très saccadée, enchaîne de courts chapitres qui donnent davantage l’impression d’éclats de mémoire que d’un véritable fil narratif. Le discours manque parfois de clarté, au point que l’album semble s’adresser avant tout à ceux qui connaissent déjà la vie de l’auteur. Pour les autres, certains passages risquent de paraître obscurs. Graphiquement, le parti pris est tout aussi radical. Sans chercher à séduire par une esthétique au sens classique, l’album mise sur un style accrocheur, fait de formes simples et d’expérimentations visuelles. Le trait évolue constamment, oscillant entre croquis spontanés, collages et iconographie. Cette instabilité visuelle fait écho à la narration, mais peut aussi dérouter. L’usage de pages monochromes grises-bleues, ponctuées de ruptures en jaune vif pour marquer les chapitres, renforce encore cette identité graphique singulière.