L'histoire :
De nos jours, Fiamma est assise à la terrasse d'un célèbre café napolitain, en train de réfléchir à la bande dessinée qu'elle souhaite adapter du célèbre Voyage en Italie de Goethe. Lorsque surgit Alexandre Dumas, de son XIXe siècle. Quelque peu jaloux, celui-ci propose à la belle dame de lui faire visiter la ville telle qu'il l'aime, ou l 'a aimée, c'est selon. Commence alors une déambulation pleine de malice, de surprises, de rencontres, de dégustations, et de baignades pas très saines. D’abord à bord de ce Corricolo, une espèce de tilbury primitivement destiné à contenir une personne et à être attelé à un cheval ; mais attelé à deux chevaux, charriant de douze à quinze personnes. Dès lors, on découvre une ville pleine de vie, populaire et théâtrale, au pied du Vésuve, volcan dont il faut toujours se méfier. Au final, c’est l‘adaptation du Corricolo de Dumas, troisième chapitre de ses souvenirs de voyage en Italie, publié en 1843, qui est scénarisé.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Fiamma Luzzati n'est pas vraiment une inconnue des lecteurs français. Elle a déjà publié au moins cinq ouvrages chez divers éditeurs (Duno, Stock, Delcourt...), dans un style plutôt documentaire, illustré de manière très basique, car souvent tiré de ses deux blogs. Ce Dumas à Naples constitue l'un de ses premiers ouvrages mettant le plus en lumière une vraie narration graphique. Pour ce faire, elle s'est accordée la collaboration de Marcella Onzo, une napolitaine, illustratrice pour certaines des plus grandes maisons d'édition italiennes, mais n'ayant publié auparavant qu'un seul livre, non traduit : Anna Magnani, chez Beccogiallo, en 2017. Sans oublier une histoire dans la Revue Dessinée Italia (n°6, septembre 2023). Celle-ci se sent très proche du mouvement féministe et enseigne par ailleurs à l'École internationale de bande dessinée de Brescia. Ayant obtenu une résidence à la Cité Internationale de la bande dessinée d'Angoulême, elle a pu se consacrer au très beau scénario de sa compatriote. Le style de Marcella est à la fois simple en apparence, mais fourmillant de petits détails, les reliefs étant traités avec des frottements d'encre peu communs, et sa colorisation légère relevant l'ensemble de belle manière. On pourrait peut-être évoquer Anne Simon si l'on cherchait une sorte de comparaison à ce style charmant. En tout cas, les deux autrices nous embarquent pour une promenade succulente sur le port et dans quelques rues de Naples, multipliant les références sans lourdeur et jouant du décrochage temporel pour aborder les changements opérés depuis. On adore cette balade tout en clins d’œil historiques, littéraires, musicaux, gastronomiques, sociétaux, ne manquant ni de rythme, ni de piment, ni d'humour. Un Corricolo revisité « Al dante », avec ses Taralli caldi.
