L'histoire :
Le 16 juin 1949, Raymond Maufrais, 23 ans, se fait accompagner par ses parents sur le quai de la gare de Toulon. Il s’est lancé un défi d’exploration dingue et il ne compte pas revenir tant qu’il ne l’aura pas accompli : traverser la Guyane en solitaire, à pied et en pirogue, jusqu’au Brésil et les mythique monts Tumuc-Humac. Ses parents sont très inquiets, car il n’aura aucune espèce de secours possible au cours de son périple incontrôlable. Raymond promet de leur écrire. La dernière chose que lui dit son père, en compagnie duquel il a été résistant dans le maquis pendant la guerre, c’est que s’il n’est pas de retour dans 6 mois, il ira le chercher. Raymond rejoint le Havre en train, puis il embarque sur le Gascogne, s’écorchant le dos à porter un sac bien trop lourd. Durant la traversée, il fanfaronne sur son expédition et recueille bien des moqueries. On lui promet un échec funeste, en raison d’un objectif délirant. Au terme d’un voyage interminable, il débarque à Cayenne le jour de la fête nationale. Il s’embarque à faire la fête, s’enivre et trouve une table de poker où il perd le principal de son argent. Il s’installe le lendemain soir dans un hôtel miteux, le temps de trouver un guide qui le mènera jusque Saint-Laurent, à l’embouchure du Maroni. Un bedonnant autochtone prénommé Thiebault lui propose d’attendre un géologue qu’il doit conduire quelques jours plus tard dans cette région. Raymond aimerait cependant partir avant le début de la saison des pluies. Hélas, deux mois plus tard, il attend toujours le top-départ à Cayenne. Entre temps, il s’est fait un compagnon d’un chien errant, qu’il a baptisé Bobby…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Cette histoire est celle d’une expédition tragique authentiquement réalisée en 1949 par Raymond Maufrais, dont on a retrouvé le journal de bord plusieurs mois après sa disparition dans la jungle guyanaise. Ce jeune homme idéaliste voulait accomplir un exploit pour « se réaliser » : traverser la Guyane à pied, jusqu’au Brésil, et documenter son périple d’un reportage manuscrit et photo, pour la gloire. On ne spoile pas vraiment la fin, puisque le récit de son expédition s’ouvre sur le flashforward de ses dernières minutes… et que son échec mortel fait partie des plus célèbres – comparable à celui de Christopher McCandless raconté dans le film Into the wild. En auteur complet, Lucas Landais retrace ce périple légendaire, à partir du carnet de bord précisément rédigé par l’aventurier. Cette documentation a en effet été publiée dès 1952 sous le titre Aventures en Guyane et le bouquin est devenu un best-seller. Landais prend véritablement le temps de creuser la personnalité de Raymond Maufrais, hâbleur et fantasque, mais jusqu’au-boutiste et a priori doué pour l’écriture. Son expédition n’en finit pas de commencer… et puis lorsqu’elle débute enfin, et que le héros s’enfonce dans la moite luxuriance amazonienne – comme l’allégorise la couverture – l’angoisse monte progressivement. Typiquement, un voyage au bout de l’enfer, Au cœur des ténèbres (Joseph Conrad). Graphiquement, c’est très fort : Landais a une griffe d’une grande souplesse, passant du caricatural façon Blain, au semi-réalisme et au réalisme parfois, sans que cela ne choque jamais… le tout sur 180 planches. Le one-shot se termine par un cahier spécial revenant, clichés à l’appui, sur les faits précis de cette expédition malheureuse.
