L'histoire :
Enfant, Charles Hatfield fait des cauchemars de canicules extrêmes ou a contrario de tempêtes maritimes tsunamiques. Ses parents éleveurs sont en effet victimes de périodes de sécheresses prolongées, qui les obligent à laisser beaucoup d’énergie et d’argent en approvisionnement d’eau. Ils tentent les sourciers, les sorciers… en vain. Leur cas n’est pas unique : de nombreuses manifestations réclament de l’eau ! Mais les pouvoirs politiques ne peuvent en rien contrôler la météo… Etudiant, Hatfield s’achète un bouquin un peu expert : Elementary meteorology et entreprend de le comprendre in extenso. Avec son frère, ils tentent des expériences – parfois foireuses – de fusées remplies de produits chimiques pour faire exploser les nuages. Mais la nécessité de gagner sa vie lui impose des petits jobs tels que pompiste, livreur, vendeur d’engins agricoles ou de machines à coudre. Il finit par trouver une formule dans sa cuisine, qu’il expérimente un jour dans sa campagne du Sud californien, avec succès. Le bouche-à-oreille s’enclenche alors et on lui propose un premier contrat de 50$ à la Crescenta. La pluie tombe alors de manière tellement efficace, que les fermiers doublent sa prime…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Si vous ne connaissez pas l’américain Charles Hatfield (1875-1958), c’est normal : il n’a pas humecté durablement l’histoire de l’humanité. Il est pourtant un personnage authentique décalé, que la postérité n’a jamais réussi à trancher entre le chimiste autodidacte génial, le météorologue clairvoyant et le charlatan. Passionné par les conditions météorologiste, celui qui n’était qu’un vendeur de machines à coudre au tout début du XIXe a en effet inventé un procédé qui permet de faire tomber la pluie. Inspiré du principe de la cocotte-minute, celui-ci se compose de 23 produits chimiques secrets placés dans des réservoirs galvanisés au sommet de tours d’évaporation de 10 mètres de haut. D’après ses biographes, ce procédé a connu son petit succès (jusque 500 résultats positifs !?) auprès de certaines municipalités et regroupements d’agriculteurs dans des zones arides. Etait-il un réel inventeur « faiseur de miracles » ou un petit malin qui savait très bien lire les prévisions météos et choisir ses contrats ? Toujours est-il qu’il gagna une petite fortune. Mais on lui impute aussi une catastrophe : le déluge et la grande inondation de San Diego de janvier 1916 (20 morts, des villages et des barrages détruits). Cette affaire lui coûtera un procès et la fin de sa carrière de « faiseur de pluie » (littéralement en anglais, Rainmaker). Il emportera son secret dans sa tombe. Ce destin tumultueux et controversé est narré de manière simple et efficace dans ce one-shot grand format par le raconteur Rodolphe et mis en dessin par son compère archi expérimenté Griffo, dans une ambiance à mi-chemin entre la peinture sociale de le post-western.