L'histoire :
New York, 1876. Après avoir enterré sa mère, le jeune Newland fait la rencontre d’Arizona Joe, un hobo, « un gars qui préfère bourlinguer plutôt que s’échiner au turbin ». Bien qu’issu d’un milieu aisé, il choisit de suivre le vagabond sur les routes jusqu’à Philadelphie plutôt que d’affronter la détresse de son père. Au cours de leur voyage, le Kid découvre qu’Arizona Joe est un yegg, un perceur de coffres, de père en fils. Ils croisent d’autres hobos, dont un ancien compagnon qui tente de faire du garçon son « punk », un jeune garçon exploité sexuellement par un vagabond. Arizona Joe intervient alors sans hésiter. Au fil du temps, il transmet au Kid tout ce qu’il sait : l’art de se débrouiller, de se battre et de se faire respecter. Il lui confie aussi son passé marqué par un père joueur qui a fini par jouer sur le dos de sa propre famille. Mais après une bagarre, Arizona Joe est grièvement blessé. Incapable de s’accrocher à un train en marche, il chute et meurt. Newland retourne alors à New York auprès de son père malade. Sept ans plus tard, devenu un jeune homme, Newland excelle à la boxe. Lassé d’un entraînement trop facile, il participe à des combats clandestins sous le nom d’Arizona Joe, en hommage à son mentor disparu. C’est là qu’il rencontre Sadie, une jeune fille des rues qui n’hésite pas à lui rendre visite dans son quartier chic. Tandis que son père espère le voir reprendre la banque familiale, Newland, lui, ne rêve que d’aventure et de liberté.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Quand le scénariste de Kilomètre Zéro rencontre le dessinateur de San Francisco, cela donne une bande dessinée qui nous entraîne sur les rails des États-Unis. Tant par son récit que par son graphisme, l’album nous plonge dans l’Amérique de la fin du XIXᵉ siècle, avec ses décors et ses costumes d’époque, mais aussi avec les inégalités sociales et la misère engendrées par la crise financière de 1873. On se laisse rapidement séduire par ce hobo au nom d’acteur qui, tel un anti-héros, enseigne à son jeune compagnon le combat, le vol et l’escroquerie. Pourtant, malgré ses activités douteuses, il demeure admirable par son courage, son indépendance et sa loyauté envers l’enfant. Stéphane Piatzsek aurait pu se contenter de raconter la vie de ces personnages mythiques, leur langage, leur témérité et leur existence hors des normes. Mais il choisit également de mettre en lumière la fracture qui sépare le monde privilégié des riches de celui, majoritaire, des pauvres. Pour cela, il fait le choix pertinent d’associer un hobo à l’héritier d’une immense fortune. Malgré cette différence sociale, Arizona Joe prend le garçon sous son aile sans jamais chercher à le dépouiller, ni à profiter de lui. Cette affection désintéressée illustre la solidarité qui unit les hobos, une entraide que l’on retrouve dans les signes qu’ils laissent le long des routes pour avertir leurs semblables d’un danger ou signaler un lieu où trouver nourriture et refuge. Même si cette amitié improbable paraît parfois peu crédible, elle sert efficacement le propos du récit et son message humaniste. Le travail graphique de Fabrice Meddour est quant à lui remarquable. Son dessin convient parfaitement à ce récit mêlant histoire et fiction, deux registres qu’il maîtrise déjà avec talent. Son trait nerveux et spontané épouse parfaitement la vie mouvementée du hobo et le caractère fougueux du personnage. Quant à ses nuances sépia, elles renvoient immédiatement aux carnets de voyage réalisés à l’encre et au lavis. Une palette et un style qui évoquent à la fois l’errance, la pauvreté des hobos et le romantisme des grands voyages en train à travers l’Amérique.