parution 27 octobre 2010  éditeur Casterman  collection Kstr
 Public ado / adulte  Thème Historique, Policier

De briques et de sang

Au début 1914, le familistère de Guise est endeuillé par une intrigante série de meurtres. Un journaliste de l'Huma enquête. Un polar régional à la fois didactique, élégant et remarquablement ficelé !


De briques et de sang, bd chez Casterman de Hautière, François
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Casterman édition 2010

L'histoire :

En 1936, au lendemain de la mort de son père, Ada Volsheim écrit une longue lettre à une amie, dans laquelle elle revient sur les lieux de son enfance, le familistère de Guise. Notamment, elle évoque les crimes qui ont bouleversé le « palais social » quelques semaines avant le début de la grande guerre. En janvier 1914, le cadavre d’un ouvrier est en effet retrouvé, la gorge tranchée, dans le jardin public attenant au familistère dont il dépendait. Dans cette ville du nord de l’Aisne (Picardie), le familistère était alors une utopie sociale concrétisée par Godin, le célèbre industriel de poêles à bois. Cet ensemble de bâtiments, qui était la propriété des ouvriers (une sorte de coopérative), comprenait logements, écoles, pouponnière, commerces, théâtre, piscine… et l’usine ! Envoyé sur place pour couvrir le crime, Victor Leblanc, un journaliste de l’Humanité, décide de prolonger son séjour. Il veut certes creuser l’affaire, mais se sent surtout inspiré par les lieux : le système collectiviste de l’entreprise fait écho à l’idéologie du journal fondé par Jaurès. Victor fait alors la connaissance d’Ada, la fille d’un ouvrier qui habite là et qui lui est un guide précieux. Un mois plus tard, c’est une veuve qui est retrouvée noyée dans la piscine…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Si l’intrigue policière constitue le cœur de l’intrigue de ce one-shot, le sujet central est bel et bien le décorticage du « Familistère » de Guise. Imaginez, qu’entre 1858 et 1884, l’entrepreneur visionnaire Jean-Baptiste-André Godin (des poêles éponymes) investissait le tiers de sa fortune pour construire un « palais social », inspiré des phalanstères de Charles Fourrier (voir résumé). Un entrepreneur qui fournissait logement décent, santé, éducation et culture à ses employés, au milieu du XIXe, c’était assurément une utopie. Cette entreprise épatante se concrétisait en pleine révolution industrielle, en totale contradiction en tous cas avec l’image d’Epinal véhiculée par les mines de Zola. Aujourd’hui réhabilités, les lieux sont devenus touristiques et ce petit polar d’époque en BD contribuera certainement à les populariser. Le scénariste picard Régis Hautière est (une nouvelle fois) très habile : sans jamais perdre de vue ni les motivations des meurtres, ni leur résolution, il parvient à mener ses personnages – le journaliste enquêteur et la jeune Ada – des caves aux greniers, tout en se faisant didactique sur le fonctionnement du familistère. Pour le dessin, Hautière est de nouveau associé à son compère David François, lui aussi picard, avec qui il avait déjà réalisé L’étrange affaire des corps sans vie. François monte encore de quelques crans la maitrise de sa griffe propre, un trait semi-réaliste délié, comme patiné, aussi bien à travers les encrages feutré que via la colorisation délavée (avec des teintes de cartes postales anciennes). Deux ans de travail sérieux (avec modélisations 3D et moult repérages des lieux), ça se sent : certains plans d’ensemble se révèlent somptueux. Avec des auteurs et des lieux picards, ce one-shot de Kstr a donc des allures de projet régional… mais il possède assurément une envergure internationale.

voir la fiche officielle ISBN 9782203008540