L'histoire :
Ce sont des enfants et des petits-enfants de Sénégalais, de Réunionnaises. Ce sont des Algériennes, des Guyanais, des Polynésiennes, assez vieux pour se souvenir. Ce sont de jeunes Calédoniens laissés à l’abandon. Toutes et tous parlent de la même histoire. Celle d’un Empire colonial dont la France s’est longtemps enorgueillie, et qui a pourtant tué, violé, déshumanisé, arraché partout où il est passé. Plus de 60 ans après les accords de Genève et d’Évian, qui symbolisèrent la période de décolonisation, ce passé reste très présent et hante toutes les relations de la France avec ses anciennes colonies. Car aucune blessure ne s’est refermée, à mesure que le pays s’est replié en Hexagone et sur son déni, aussi immense que violent pour ses victimes. Continuant par endroits de se comporter comme la puissance coloniale qu’elle n’est pourtant plus, la France refuse d’admettre franchement avoir violé en Algérie, tué à Thiaroye, irradié à Mururoa, évangélisé de force en Guyane, déporté de La Réunion à la Creuse. Cette mémoire est toujours cependant vivace pour les habitants et habitantes des territoires hier colonisés, aujourd’hui toujours meurtris, qu’ils aient acquis l’indépendance ou non – la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, à titre d’exemple, restent aujourd’hui « à décoloniser » aux yeux de l’ONU. Des hommes et des femmes qui n’attendent rien d’autre que la reconnaissance du réel. Des mots, un pardon, une dignité…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
La Revue Dessinée rassemble ici huit enquêtes consacrées aux héritages du passé colonial français. De l’Algérie à la Polynésie, en passant par le Sénégal, la Guyane, La Réunion ou la Nouvelle-Calédonie, l’ouvrage explore des blessures encore bien présentes dans les mémoires collectives et les réalités contemporaines. Pour ce faire, chaque chapitre adopte une approche journalistique rigoureuse, s’appuyant sur des témoignages, des archives et un important travail d’enquête sur des sujets variés : massacres occultés, violences de guerre, déplacements forcés de populations, effacement des cultures autochtones ou encore conséquences sanitaires des essais nucléaires. Malgré cette diversité, un fil rouge se dessine rapidement : celui d’une mémoire souvent minimisée, contestée ou insuffisamment reconnue. Au fil des pages, la BD rend accessibles des sujets complexes sans sacrifier leur profondeur. Elle prend ici la forme d’un outil de transmission particulièrement efficace. De plus, les différents dessinateurs apportent chacun leur sensibilité graphique, offrant une grande variété visuelle qui évite la monotonie. Plus qu’un réquisitoire, La France Empire apparaît comme une invitation à regarder en face des épisodes trop souvent relégués aux marges du récit national. C’est un ouvrage dense, parfois éprouvant, mais particulièrement éclairant sur les traces laissées par l’ancien empire colonial français.