L'histoire :
Vadim Baranov est metteur en scène russe. Il réalise des shows pour la télévision d'état dirigée par Boris Berezovski, un oligarque russe mis en place à la direction de la télévision par Boris Eltsine. Il est très influent dans le rouage politique national. Fraîchement séparé de Ksenia et quelque peu désargenté, Vadia, patronyme donné à Vadim, cherche à donner un nouveau sens à sa vie en s'engageant dans la politique. Il s'en ouvre à l'ancien dirigeant, afin qu'il puisse le téléguider dans son envie de construction du pouvoir. Vadia va alors utiliser son savoir-faire pour construire l'image du nouveau « tsar » de la Russie, le successeur de Boris Eltsine, Vladimir Vladimirovitch Poutine. Et dans sa stratégie de propagande, la vérité importe beaucoup moins que l'impression de puissance que cette Russie désemparée après la chute du communisme doit absolument retrouver pour gagner en crédibilité. Tous les moyens sont bons pour arriver à cette fin...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Adapté du best-seller de Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin nous plonge dans les coulisses de la prise de pouvoir de l'actuel chef d'Etat russe... sans jamais trop le nommer. On goûte aux nombreux jeux d'influences et de manipulations qui sont utilisés pour accéder au sommet. Les noms de cette fable très réaliste ont été volontairement changés, mais Vadim Barinov s'assimile sans aucun doute à Vladislav Sourkov, l'ancien conseiller de Vladimir Poutine qui a construit sa réputation autour des éventuels liens étroits qu'il aurait entretenus avec Poutine. La réalité est toute autre et l'homme, certes mégalomane, a d'ailleurs réellement disparu des radars russes depuis un bon moment. Contrairement à ce qui a été dit autour du mythe qu'il a lui-même construit, sa zone d'influence est beaucoup plus réduite qu'il n'y paraît. Il n'empêche que le mystère qui est né autour de sa personnalité et de son éventuelle influence a permis la rédaction du roman et donc de cette bande dessinée magistralement illustrée par Luc Jacamon, l'auteur de Le Tueur. Ses dessins sombres font ressentir la froideur et le cynisme d'une politique glaciale et sans concession où les artifices du spectacle permettent de construire une autre histoire que la réalité. Ses dessins sont d'ailleurs d'un réalisme à couper le souffle. Ses traits précis et détaillés tant pour les décors que pour les différents protagonistes, confèrent encore plus de crédibilité à ce récit passionnant, dans lequel plusieurs personnages russes incontournables – dont Evgueni Prigojine (le défunt dirigeant de l'armée Wagner) – font aussi leur apparition. Les 140 pages de cette bande dessinée se lisent d'une seule traite, même si on aime y laisser ses yeux pour apprécier tous les détails des nombreuses illustrations, comprenant le formidable jeu d'ombres que l'auteur utilise pour donner vie à ses scènes où chaque rencontre vaut son pesant de tension étouffante. Incontournable !