L'histoire :
Anton s’interroge sur l’avenir de son couple avec Hélène. Parfois, il aimerait posséder la force des poissons rouges. En un simple tour de bocal, tout recommence, une histoire nouvelle effaçant la précédente. Il ne faudrait que de l’amour, de l’eau fraîche et un peu de musique pour atteindre l’harmonie parfaite. Pourtant, un jour, quelque chose d’imperceptible se fissure. Hélène a-t-elle deviné qu’Anton se sent creux, fragile, en décalage ? Peu à peu, il se met à cultiver le silence. Jusqu’au matin où il se réveille face à un lit vide. S’enclenche alors une traversée inattendue, malgré une succession de catastrophes. Sur la face B du récit, l’arrivée à Zanka bouleverse tout. Anton est attendu, sollicité, sommé de prendre la parole. Il doit aussi livrer un colis destiné à Hélène. Ce monde étrange, à la fois loufoque et profondément humain, se révèle étonnamment enrichissant. Drôle, touchante et singulière, cette expérience transformera sa vie. Car parfois, il faut oser le déséquilibre pour s’offrir un nouveau départ.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec cette BD, Gilles Marchand quitte le territoire familier du roman pour s’aventurer dans celui de la bulle. Une sortie de route maîtrisée, presque naturelle, tant l’auteur n’a plus à démontrer son talent de conteur. Ici, il se fait plaisir; un plaisir est contagieux, en proposant une histoire d’amour singulière, fragile, profondément humaine. Aimer ne garantit jamais l’équilibre d’un couple. Et le silence, parfois, n’annonce pas la fin, il ouvre un espace. « Pour tout dire, elle était le bout de mon monde ». Cette phrase résonne comme un fil tendu entre l’attachement et la peur du vide. Le doute, ici, se traverse autrement. L’approche surprend par son originalité, portée par le regard sensible de Cécile Dupuis, dont le sens du cadrage impressionne. Son dessin évoque celui de Tom Gauld ou Guillaume Perreault avec des formes géométriques, épurées, sans surcharge, où chaque détail compte précisément parce qu’il est rare. Les moments justes abondent. La disparition progressive des échanges dans le couple se donne à voir sans discours, sans explication. Les plans se superposent, se répondent, offrant plusieurs points de vue qui accentuent la tension et la solitude. Nul besoin de mots supplémentaire, tout est déjà là. L’émotion, finement dosée, s’installe avec intelligence et retenue. Elle est portée par des couleurs vives, chaleureuses, parfois douces, posées en aplats, comme autant de respirations dans le récit. Cette œuvre atypique propose un autre regard sur le couple, plus sensible que démonstratif, plus intuitif que bavard. Une lecture qui laisse une empreinte discrète, mais durable.