L'histoire :
Judith veut devenir avocate. Elle va passer quelques jours dans la maison de sa tante, dans la campagne à l'écart d'un village du Finistère. Elle doit préparer son examen de droit. Le calme et l'isolement devraient être propices au repos et au travail. Alors qu'elle fait du rangement devant la porte d'entrée, des enquêteurs de la BRI viennent pour fouiller la maison : ils sont à la recherche d'un jeune homme, membre d'un groupuscule anarchiste qui vient de braquer une banque, laissant deux morts derrière lui. Quelques jours plus tôt, Judith a compris que Raymond, le suspect recherché, ne lui est pas inconnu. Ils avaient fait connaissance pendant leur enfance, sur les lieux mêmes où elle passe quelques jours. Ils ont le même âge. Issus de classes sociales que rien ne semblait pouvoir rapprocher, le destin a peut-être décidé de les faire se croiser à nouveau...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Pour le deuxième album de sa jeune carrière, Marguerite Boutrolle change totalement de style et d’univers, passant du récit intimiste de Fraîche à une histoire à suspense, doublée d’une réflexion sur le déterminisme social. La lecture de ce récit est fluide grâce à une pagination souple, de nombreux moments sans dialogue et des séquences très découpées, qui font tourner les pages avec un peu de frénésie. Graphiquement, le changement est lui aussi radical. Ses pages sont ici assez froides, avec leurs contrastes de trois couleurs sur des à-plats noirs et blancs. Les visages des protagonistes sont découpés et concentrés sur leurs expressions, sur des décors réduits. Quelques moments cauchemardesques donnent un ton de polar noir à une histoire qui déploie pourtant une réflexion sur la peine de mort, la violence, leurs justifications. Des extraits des journaux télévisés de l’époque (nous sommes en 1979) et des prises de parole de Robert Badinter – l’artisan de l’abolition de la peine capitale – ancrent le fait divers dans son contexte politique et sociétal. Le dialogue entre les protagonistes qui partent de deux positions radicalement différentes donne lieu à des moments de trouble que l’autrice a très certainement délibérément mis en scène. Au final, cet album se lit avec plaisir, malgré quelques effets de narration un peu hésitants.