L'histoire :
Alberto a aujourd’hui 30 ans. Il a grandi en Colombie, dans la région du Tolima. Comme ses parents, il semblait destiné à devenir paysan et être pauvre. Pourtant, sa vie a pris un tournant des plus singuliers. Pour échapper à un père violent, il rejoint les FARC avec sa sœur, alors qu’il n’a que 11 ans. Parmi les combattants, il n’existe aucun traitement de faveur pour les mineurs. Chacun doit obéir, apprendre à manier les armes et faire face à la dureté des adultes. Heureusement, Mauricio, un guérillero plus âgé, le prend sous son aile et veille sur lui. Peu à peu, les missions deviennent plus dangereuses et les situations à risques se multiplient. Alberto apprend à surmonter sa peur, à gagner en confiance et à tisser des liens avec les autres combattants. Là-bas, la famille n’est plus celle du sang. Ce sont les soldats qui partagent le même quotidien. Tout bascule lorsque le comportement de sa sœur met sa vie en péril. Alberto refuse d’accepter qu’elle soit exécutée pour non respect des ordres. Alors, avec elle et un ami, il fuit, la peur au ventre. Commence alors une cavale désespérée pour trouver un refuge, alors que la mort semble les traquer et que les militaires sont omniprésents. Grâce à un programme de réinsertion, Alberto parvient finalement à quitter la violence. Il choisit de reprendre ses études supérieures et de construire un avenir différent...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
À la découverte du titre et de la couverture l’image des enfants soldats est convoquée par notre imaginaire. Maria Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches donnent la parole à un homme, Alberto, dont on découvre le visage réel et le témoignage en fin d’album. Sans spectacle ni misérabilisme, les auteurs structurent l’ouvrage en courts chapitres, chacun centré sur un moment clé de son parcours, avec des titres évocateurs (Un inconnu, Nouveau prénom, Ricardo). Ce découpage donne du rythme et met en lumière les étapes déterminantes de sa construction personnelle. Le choix graphique renforce cette sobriété. L’album est dominé par des teintes de noir, blanc, gris. De discrètes touches de rouge apparaissent pour souligner le sang, les blessures ou l’état d’ébriété. Le dessin, clair, précis et sans effet spectaculaire, met la narration au premier plan. Cette retenue esthétique permet de comprendre avec justesse l’organisation des guérilleros dans la forêt, tout comme le fonctionnement des foyers de réinsertion. Le témoignage trouve un écho particulier, alors qu’on commémore les dix ans de l’accord de paix signé entre les FARC et le gouvernement colombien. Le sujet reste rare dans le 9e art. Cet album a le mérite d’aborder cette réalité complexe sans sensationnalisme. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, l’émotion n’est pas exacerbée, bien au contraire. L’angoisse suscitée par la couverture s’estompe peu à peu, laissant place au parcours d’un adolescent qui cherche avant tout à fuir la violence patriarcale et la misère. La violence est certes présente, mais elle apparaît presque comme un élément ordinaire du quotidien, ce qui la rend plus frappante. Car assister à la mort, vivre dans la peur constante de l’armée ou des représailles, ne peut être sans conséquence sur la construction d’un individu. Alberto parvient à s’en sortir grâce à une volonté de fer et au soutien de plusieurs personnes croisées sur sa route. La bonté d’inconnus, la bienveillance d’un prêtre, l’accompagnement offert par des structures de réinsertion... Là où beaucoup restent prisonniers de la pauvreté, certains cherchent des échappatoires dans l’alcool, la drogue, la violence ou d’autres conduites destructrices. Lui réussit à transformer cette expérience en point de départ vers un avenir différent. Cette bande dessinée propose ainsi un regard nuancé sans héroïsation, ni apitoiement, mais le portrait lucide d’un jeune homme qui a su saisir une chance de reconstruire sa vie.