L'histoire :
Vivi, Tralala, Magou, Chris font partie d'une bande d'adolescents qui errent dans les rues d'Isheim au milieu des années 1980. La ville d'Isheim ne propose guère d'activités à ces jeunes désœuvrés qui n'ont que leurs petites réunions nocturnes et quelques fêtes d'anniversaire pour sortir de la monotonie ambiante. Ils écoutent The Cure, Metallica, Iron Maiden et se parent de vêtements noirs avec leur coiffure en pétard. Sur des airs de No Future, ils philosophent sur la manière de prononcer « Feuck » en anglais, car ils rêvent tous de quitter ce trou à rats pour une terre promise. Vivi se lie d'ailleurs d'amitié avec Persille, une fille différente des autres qui aime, elle aussi, les petits bonheurs simples de la vie. A deux, elles fomentent une fugue qui devrait les conduire vers un monde meilleur...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Même si la 4e de couverture annonce que l'histoire se déroule au début des années 1990, on est plutôt plongé au beau milieu des eighties dans cette bande dessinée qui s'appuie sur plusieurs référence musicales qui ont marqué les jeunes en crise d'adolescence de l'époque. Cela va de This is not a love song (1984) des Pil à Seek & destroy (1983) de Metallica en passant par Girls just want to have fun (1983) de Cindy Lauper ou Do you really want to hurt me (1982) de Boy George et son Culture Club. La playlist de cette bande dessinée est d'ailleurs disponible sur les plateformes de streaming. Preuve que nous sommes bien une décennie plus tôt que celle annoncée par l'éditeur à l'arrière du livre. Qu'à cela ne tienne. Le désœuvrement des jeunes est magnifiquement ressenti par le lecteur tant les traits parfois volontairement désordonnés du dessin de Terkel Risbjerg sont expressifs et collent parfaitement à l'atmosphère de l'époque. On adore aussi le découpage des cases et leur noirceur accentuée, grâce à un encrage particulièrement appuyé. On se surprend à marmonner l'air des chansons qui s'érigent en véritables madeleines de Proust pour des quinquagénaires qui s'y retrouveront avec nostalgie. Et l'innocence de leur jeunesse, bien éloignée des réalités technologiques de notre époque, prêtera à sourire à leur descendance, puisque leurs préoccupations ne sont plus les mêmes. Même si la quête d'un monde meilleur est toujours bien présente, seule l'imagination foisonnante de jeunes adolescents en mal d'existence pourra leur permettre d'envisager une évasion en adéquation avec leur volonté. Vivement le deuxième tome de ce diptyque pour dessiner cet analogisme avec les évolutions technologiques de notre époque... puisqu'il y aura 30 ans d'écart entre les deux. Ou plutôt 40...