L'histoire :
Denis aime sa tranquillité et sa pêche quotidienne. Le dimanche, ses enfants lui rendent visite : ils ne prennent pas seulement de ses nouvelles, ils réparent l’évier, vident les poubelles, préparent à manger… Pendant ce temps, Denis fait la sieste. Voilà son quotidien : la sieste chez lui ou dans sa barque, tandis que les poissons mordent (ou pas). Jusqu’au jour où, alors qu’il dérivait tranquillement au milieu de la rivière, un couffin flottant vient heurter son embarcation. Lorsqu’il découvre qu’il contient un nourrisson, il s’empresse de le déposer à la police, puis chez les pompiers, à la crèche municipale et enfin au service de l’Aide sociale à l’enfance… pour finalement être renvoyé chez lui avec le bébé, avec la promesse qu’un éducateur viendra le récupérer le lendemain. Cependant, lorsqu’il tente de déposer à l’ASE, on l’informe qu’il y a une erreur administrative : il a été déclaré comme membre de la famille et doit donc garder le nourrisson encore quelques semaines, le temps que la situation soit régularisée. Au fil du temps, Denis se prend d’affection pour le bébé, surtout lorsqu’il apprend, à la suite d’un test ADN, qu’il ne peut être le père de personne. Ne voulant pas laisser l’enfant seul dans un foyer sans famille, il décide alors de se battre pour lui trouver des parents. Il met tout en œuvre pour sensibiliser la population, allant jusqu’à faire une grève de la faim. Lorsque les services sociaux arrivent pour placer l’enfant, Denis ne se laisse pas faire si facilement.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Swann Meralli, scénariste de bande dessinée et d’album jeunesse, réunit ici ses deux sensibilités pour proposer un récit sur la paternité et l’évolution de son rôle. Des parents, pris de peur à l’arrivée d’un bébé, démunis et insuffisamment accompagnés, peuvent parfois commettre l’impensable : abandonner leur enfant. Un geste répréhensible, mais que le récit invite à comprendre. À cela s’ajoute le portrait d’un vieux bourru, solitaire et isolé, qui ne s’est jamais réellement occupé de ses propres enfants et se retrouve soudain responsable de ce bébé non désiré. Le point fort de l’histoire ne réside pas tant dans son originalité que dans les questionnements qu’elle soulève autour du rôle parental, de sa définition et de la place qu’on lui accorde. Ce rôle n’est pas nécessairement exclusif à la famille biologique : il doit surtout répondre au besoin de sécurité émotionnelle de l’enfant, ce que l’on appelle le « méta-besoin », fondamental dans son développement. Le personnage de Denis, acariâtre et très stéréotypé, incarne une figure de « boomer » marquée. Certaines de ses attitudes semblent parfois gratuites et peu utiles au déroulement du récit, comme son regard appuyé sur le postérieur de la caissière. Par ailleurs, il évolue rapidement d’un vieil homme aigri et dépassé à une figure soudainement capable et attentionnée, ce qui peut donner une impression de transition un peu abrupte. Le graphisme de Jop, lumineux et expressif, restitue avec justesse les émotions des personnages, entre détresse et joie. Le dessinateur varie également les plans et les points de vue afin de renforcer l’impact émotionnel des scènes, comme la plongée dans le bureau de l’ASE, qui écrase visuellement le personnage et traduit son impuissance.