L'histoire :
Dans un Paris bondé, un drame se joue : Antoine a disparu. Antoine, c’est un chien, et son maître est un SDF. Ce dernier est en plein stress, il ne retrouve pas Antoine et se lance donc à sa recherche au milieu des passants agglutinés sur les trottoirs, mais qui ne se soucient pas de la disparition de son ami canin. C’est embêtant cette histoire. En plus, Antoine a la fâcheuse habitude de courir et son maître, lui, n’arrive jamais à le suivre. Pire encore : on ne voit pas la différence quand il court ou quand il marche, hormis l’amplitude de ses bras et le bruit qu’il fait. Et puis de toute façon, courir c’est nul et ce SDF-là n’aime pas les coureurs et encore moins les traileurs. Bref, puisqu’il ne peut pas courir pour retrouver son chien, il peut toujours l’attirer ! C’est pourquoi il a décidé de lui acheter un sandwich triangle (son préféré). Et en plus, il a enlevé la tomate à l’intérieur, car son chien n’aime pas les tomates. On dirait que celles des sandwichs triangulaires sont en plastique. En plus, c’est drôle parce qu’il y a des tomates dans ces sandwichs, quelle que soit la saison : de janvier à juin, il y a de la tomate et même à Noël ou à Pâques. Il n’y a plus de saison ! Il faut dire qu’il y a des entreprises qui font pousser des tomates dans les serres chauffées toute l’année. C’est fou, lui est SDF et dort dans la rue dans le froid, alors que les tomates, elles, sont bien au chaud dans un logement à elles. Suffirait-il d’être une tomate pour trouver un logement ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Aymeric Lompret transpose en BD l’univers de son spectacle Yolo, tout en conservant ce qui fait sa singularité : un humour frontal, absurde et volontiers provocateur. Le récit suit un sans-abri errant dans les rues, à la recherche de son chien, Antoine, prétexte à une succession de digressions où se mêlent observations sociales et saillies irrévérencieuses. Derrière cette apparente errance, c’est une véritable progression narrative qui s’organise. Ainsi, entre deux enchaînements de gags corrosifs, une trajectoire se dessine, donnant au personnage du SDF une épaisseur inattendue. Il faut dire que l’écriture, nourrie par l’expérience scénique, repose sur un rythme soutenu et une accumulation de punchlines, tout en laissant affleurer, par moments, une forme de fragilité plus touchante. Mais le regard porté sur la société reste acerbe. Politique, médias, rapports sociaux : les cibles de Lompret sont nombreuses et souvent explicites. Si certaines attaques peuvent sembler attendues, l’ensemble fonctionne cependant à plein régime grâce à une énergie constante et un sens du décalage qui évitent la répétition. Au dessin, Allan Barte adopte un trait volontairement naïf, presque relâché, qui accompagne efficacement le flux verbal en mettant en avant les dialogues et renforçant la spontanéité. Yolo réussit ainsi à trouver un équilibre entre adaptation et véritable BD, capable de restituer une voix tout en construisant un récit, à la fois drôle, grinçant et parfois plus sensible qu’il n’y paraît.