L'histoire :
Aujourd'hui, le monde scientifique et les indigènes qui vivent sur le terrain coexistent en s'ignorant. Les rares fois où ils confrontent leurs connaissances sur la faune, cela peut donner la cryptozoologie, une discipline mise en place dans les années 1950 par le zoologue Bernard Heuvelmans. L'idée était de confronter les observations et les témoignages des autochtones dans les régions du monde encore sauvages, avec les bases scientifiques de la zoologie, afin de confirmer ou infirmer la préservation d'espèces antédiluviennes, cachées et/ou improbables. Par exemple, quid des serpents de mer, des yétis, du mokele mbembe, du monstre du Loch Ness ? Mythes ou réalité ? Heuvelmans a accumulé au cours de sa vie plus de 30 000 données sur les cryptides (animaux cachés). Bien avant lui, cette étude avait commencé par les classifications de Pline l'ancien sous l'antiquité (avec son histoire naturelle en 37 volumes), de Conrad Gessner au XVIe siècle (encyclopédie des animaux en 5 volumes) et surtout des travaux de Carl von Linné au XVIIIe, l'inventeur de la zoologie.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Il existe de nombreuses aventures de bandes dessinées dans le milieu de la cryptozoologie (Crypto, Carthago...). Mais aucune n'avait encore emprunté les chemins (à la mode) de la vulgarisation BD. C'est chose faite avec ce diptyque en devenir, proposé par Philippe Coudray (lui-même conférencier autour du bigfoot) et dessiné avec un joli talent semi-réaliste par Benoît Lacou. Les auteurs redonnent tout d'abord les clés de la discipline et s'intéressent dans ce premier volume à 4 grands groupes de spécimens énigmatiques : les monstres marins et lacustres (le monstre du Loch Ness ou le serpent de mer, présent dans toutes les cultures), les rescapés du jurassique (des ptérosaures ou brontosaures dans les jungles reculées africaines, comme le Mokele Mbembe), la survivance du mammouth laineux en Sibérie, les félins inconnus. Le prochain volume promet de se consacrer exclusivement aux grands hominidés comme le yéti ou le bigfoot. Un tour relativement exhaustif du sujet est fait, mettant en images très évocatrices moult bestioles, et caricaturant moult spécialistes authentiques en les resituant dans leurs époques. Les auteurs pointent les supercheries, dénoncent les fraudes, mais s'étonnent aussi de la concordance de certains témoignages troublants... qui méritent des études approfondies ! A mi-chemin de la zoologie et des mythes destinés à faire peur (ou au contraire à s'attirer du tourisme), la cryptozoologie n'est cependant toujours pas une science officielle... alors même qu'elle a déjà produit des résultats (le thylacine, l'okapi, le calmar géant, le lynx des Pyrénées...).