L'histoire :
En 1876, un cavalier solitaire arrive à l’entrée de Bartlesville, un patelin paumé d’une plaine aride de l’Oklahoma, sous un soleil de plomb. Les adjoints du shérif postés à l’entrée sont impressionnés par les deux cadavres attachés sur le dos du second cheval – autant que par leur odeur de charogne pestilentielle. Sans un mot, avec un calme très professionnel, sans même descendre de son cheval, le gars balance au sol, d’un coup de talon, les deux dépouilles. Les cadavres font rouler le tonneau dans lequel les cow-boys de passage doivent impérativement déposer leurs armes à feu. Le chasseur de primes jette négligemment, par-dessus les corps, les affichettes « Wanted » qui leur correspondent, Lee J Cobb et Everett McClure. Il baisse le foulard de son visage, dévoile un visage juvénile et prononce juste un mot : « Désolé ». Tout aussi calmement, il mène son cheval en direction de l’hôtel d’Engelman. Le shérif Jude Stanton, une fine gâchette qui entend faire respecter la loi, observe la scène depuis la vitrine de son bureau. Il s’agace que ses hommes aient « oublié » de réclamer les pétoires de ce visiteur potentiellement très dangereux (ils avaient trop la trouille de lui réclamer). Stanton se rend à son tour à l’hôtel et sans même avoir besoin de parler, le patron lui montre le registre. Le gars a signé d’une écriture tremblotante « Jedediah Cooper ». Un frisson parcourt l’échine du shérif. Il connait ce nom. Il a flingué ce salopard quelques années auparavant…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce western en one-shot répond pleinement aux codes attendus du registre. Un chasseur de primes débarque dans une bourgade typique et aride de l’Oklahoma, dominée par un shérif qui entend faire régner une loi implacable. Or ce cow-boy, flingueur visiblement très doué, porte le nom d’un fantôme... bien connu du shérif : il l’a flingué quelques années plus tôt. Ce nom a forcément tendance à crisper. Si on ajoute la chaleur suffocante, les vieilles rancœurs, les espoirs secrets d’échecs, les souvenirs peu glorieux, tout est en place pour un duel tout d’abord psychologique ; puis la programmation d’un règlement armé à l’aube, comme la coutume l’exige, dans une tension paroxystique. On ne va évidemment pas vous révéler le dénouement, mais sachez que les apparences sont trompeuses – et c’est là que ce western autonome trouve son originalité, sans se départir de son classicisme. Sans avoir besoin de trop de dialogues, les personnages établis par le scénario d’Henri Meunier sont incarnés. Paru une première fois en 2008, ce one-shot faisait une sorte de récréation au dessinateur Richard Guérineau, au milieu de sa saga du Chant des stryges. Son dessin encré et semi réaliste est d’une efficacité implacable. Dans des décors soignés – le saloon typique, les rues désertes, le bureau du shérif, la plaine où l’on entend presque le vent dans les hautes herbes – il maximise les ambiances crépusculaires à chaque instant.