L'histoire :
Être Antoine Arnault, fils de bernard Arnault n’est pas simple au quotidien. Lui aussi a des rêves de haut vol. Mais peut-on en parler ? À notre époque, dire ce que l’on pense devient risqué. On ne peut plus rien dire, paraît-il. Et ce n’est pas okay. Bien sûr, on peut évoquer la réduction des émissions de carbone à l’horizon 2050, un objectif noble et consensuel. Mais cela implique des efforts concrets, souvent demandés aux mêmes personnes. Car comment se déplacer sans jet privé ? Y avez-vous seulement pensé ? Pourquoi ne pas alors envisager une démarche écoresponsable, d'autant plus lorsqu’on s’est publiquement engagé lors de grandes conférences internationales ? Il faudrait penser aux générations futures… ou au moins essayer. Ou pas. Comme le langage, la société doit évoluer. Et pourquoi ne pas aller plus loin en mettant les mots sur le marché, afin de les rendre disponibles aux marques les plus offrantes ?Heureusement, certains veillent. La désinformation est étroitement surveillée afin que rien ne puisse nuire aux intérêts des puissants. En cas de débordement, la police peut intervenir rapidement pour rétablir l’ordre, la paix et surtout le silence.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Quand on ouvre un album publié dans la collection Pataquès, on se doute que l’humour sera au rendez-vous. D'emblée Antoine Arnault, fils de, est présenté : « Ce Français est devenu milliardaire grâce à une idée un peu folle : être le fils de Bernard Arnault » (p. 3). Un reportage signé José Sfoudvogueul. Le ton est donné : impertinent, grinçant et résolument irrévérencieux. Le titre constituait déjà un sérieux indice. Ici, on parle à la fois de bilan social, d’écologie et de cuisine, autant dire que l'improbable est inévitable. Chaque situation surprend, dérape et nous entraîne dans un absurde aussi savoureux qu’efficace. Si on aime l'humour décalé quoiqu'un peu convenu, on rit. Michel Poivre trouve les mots justes pour livrer une critique de société à la fois acerbe, fine et percutante. Graphiquement, l’album emprunte le style Fabcaro ou Emmanuel Reuzé : des personnages semi-réalistes en bichromies de blanc, sur fonds colorés en aplats. Les décors restent minimalistes, pour se focaliser sur l'essentiel (rions un peu avec la sinistrose). Ce choix esthétique renforce la distanciation entre fiction et réalité. Le lecteur est invité à combler les zones vides, à tracer ses propres limites et à poser un regard critique sur une hypocrisie sociale largement admise, même si elle n'est plus acceptable.