L'histoire :
La négociatrice de la police Marlène Taffin arrive sur le lieu de braquage du Crédit d’Epargne à 7h38. Le quartier est bouclé, un périmètre de sécurité a été établi, des snipers sont positionnés face à l’entrée. A l’intérieur, trois braqueurs encagoulés ont pris des clients et du personnel en otage. Pour pouvoir jouer son rôle, Marlène commence par recueillir un max d’informations. Mais le commandant du GIGN ne lui apprend pas grand-chose. Marlène insiste pour qu’il lui dise tout ce qu’il sait. Ce dernier lui donne alors une info qui n’a rien à voir : « Damas, en Syrie, est la plus ancienne ville habitée du monde ». Ça lui fait une belle jambe… mais au moins a-t-elle désormais une anecdote didactique à raconter en soirée. La seconde info qu’on lui rapporte l’intéresse d’ailleurs beaucoup moins : son mari est l’un des otages de la banque. Marlène prend les choses en main et passe un coup de fil à la banque. Or à l’intérieur, les preneurs d’otage ne répondent pas. Ils sont persuadés qu’il s’agit d’un service de vente commercial (ça ne peut être que ça !). Ils réfléchissent aussi à un plan B, au cas où leur complice qui les attend à l’extérieur au volant d’une voiture ne serait plus au rendez-vous. Il leur faudrait alors réclamer un avion et s'échapper vers un pays sans traité d'extradition. Par exemple l'Argentine. D'ailleurs, ils prennent les devants et louent direct un Airbnb sympa à Buenos Aires.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
A l’évocation du titre, on s’attendait à une relecture parodique de braquages célèbres, façon Petit théâtre des opérations ou Folles anecdotes de l’Histoire. Que nenni. Dans ce petit bouquin à squetchs humoristiques, prenant pour fil rouge un braquage de banque, le scénariste – et surtout dialoguiste – Karibou tourne en dérision le traitement médiatique déformé par le prisme du buzz nécessaire à connotation politique. On suit ici, en alternance, une négociatrice de terrain moyennement compétente, un trio couillon de braqueurs amateurs, ainsi que les commentateurs et intervenants sur le sujet, d’une chaine d’infos en continue. Ce braquage classique est en effet rapidement amalgamé comme étant un acte terroriste et il est commenté sur les talk-shows de manière ultra caricaturale pour servir la soupe à la mentalité raciste générale. Il n’y a guère d’anecdotes à raconter en soirée ; en revanche, il y a toujours ce sens de la réplique contemporaine propre à Karibou. C’est toujours un peu les mêmes ressorts de quiproquos volontaires qui font partir en vrille les interprétations pour aboutir à un bordel maximal – ici très moyennement inspiré. Au dessin, Thierry Chavant fait le job, en noir et blanc – et quelques aplats en bichromie – en réalisant des caricatures plutôt réussies des stars de la fachosphère Pascal Praud, Gilles-William Goldnadel, et des ministres Elisabeth Borne et Bruno Retaileau.