L'histoire :
David retourne dans la maison familiale où il passait tous ses étés lorsqu'il était enfant. À peine entré dans le village, les souvenirs ressurgissent. Les murs de la maison ravivent également les images du passé : il se revoit entouré de ses cousins, Jonathan et Flavie, de ses parents, de son oncle, de sa tante et de sa sœur jumelle, Axelle. Comme un pèlerinage intime, il retrace le chemin de son enfance, de ses étés, de cet été-là surtout : les batailles d’eau, les apéros, les escapades dans la forêt, les bivouacs, les descentes en luge d’été… Mais aux souvenirs lumineux se mêlent d’autres, plus lourds : la dernière parole échangée, le dernier regard, le dernier instant… Les rencontres avec les habitants du village ne l’apaisent pas. Dans leurs regards, il croise la pitié et le désarroi. Face aux photos, aux souvenirs immortalisés, il cherche des réponses. Il scrute les détails, assemble des signes, jusqu’à se fabriquer des images, des interprétations qui comblent les silences. Et si, finalement, il n’y avait pas de réponses ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Dans ce récit, Philippe Lahbari installe une tension progressive et maîtrisée. Le lecteur suit David sans connaître d’emblée l’objet précis de sa quête, ce qui crée un flottement narratif. Peu à peu, les indices s’accumulent : un drame a eu lieu et le personnage revient sur les lieux de son enfance pour tenter d’en saisir le sens. Le recours aux flashbacks structure le récit et crée un contraste saisissant entre l’innocence lumineuse des souvenirs d’enfance et la gravité de l’événement sous-jacent. L’été évoqué apparaît d’abord comme un cocon de bienveillance, presque idéalisé. Cette opposition entre la douceur du passé et la violence suggérée du drame renforce la tension. L’écriture se distingue par sa retenue : l’auteur ne dévoile les faits que par touches successives, maintenant le lecteur dans une attente. Ce dévoilement progressif suscite à la fois déni et appréhension ; on pressent la vérité sans vouloir l’admettre. Lorsque celle-ci surgit enfin, insérée dans un flashback, l’effet est d’autant plus puissant. Ainsi, le récit joue sur la mémoire, la reconstruction et le refus de voir, plaçant le lecteur dans une position miroir : comme David enfant, il sait, mais ne veut pas encore le croire. Le graphisme de Quentin Heroguer, quant à lui, est explicite : il ne perd pas le lecteur dans des allers-retours incessants. Pourtant, il n’existe pas de codes clairs, comme l’usage du noir et blanc pour évoquer le passé. Au contraire, toutes les nuances sont verdoyantes et l’ambiance générale reste chaleureuse. Les paysages et les couleurs, soigneusement travaillés, dégagent un calme voluptueux et une harmonie réussie ! Réussir à instaurer une telle clarté et cohérence visuelle malgré cette similitude chromatique est une belle prouesse. Les expressions des différents personnages se ressemblent assez : ils semblent constamment surpris, avec les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, donnant parfois l’impression d’un style manga un peu maladroit. Les proportions des personnages ne sont pas toujours respectées et pas non plus assumées, ce qui confère au dessin une touche presque enfantine, en adéquation avec le sujet du récit, centrée sur le retour vers le passé et l’enfance.