L'histoire :
Après la médiatisation du mouvement #MeToo, les mots du vocabulaire des violences sexistes et sexuelles sont entrés pleinement dans notre quotidien à tous. Mais pour en comprendre pleinement les mécanismes et les dimensions politiques et juridiques, il faut les inscrire dans une histoire et un contexte social. Laisser la parole aux féministes, aux acteur-ices de terrain, aux femmes qui continuent la lutte. L'autrice Géraldine Grenet a commencé à travailler sur les violences faites aux femmes il y a dix ans, et ne se doutait pas de l'ampleur de celles-ci. Il lui a fallu déconstruire ses croyances, revenir sur sa propre histoire, modifier son rapport au monde. Pour se pencher sur les obstacles qui jonchent ces parcours de combattantes, elle contextualise les violences, afin d'inventer la bande dessinée qu'elle aurait elle-même voulu avoir entre ses mains. Elle avance de façon méthodique et documentaire, en intégrant une partie historique des violences faites aux femmes : de quoi parle-t-on ? Quels sont les liens entre domination masculine et violences ? Quel est le cadre juridique international ? Elle aborde ensuite le sujet des espaces de vie et de violences, comme un continuum : dans le couple, dans la famille, dans l'espace public, dans les lieux de pouvoirs, etc. Elle évoque également une petite partie sur les violences et la santé, mais également un volet sur le système juridique et judiciaire.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Géraldine Grenet est créatrice de podcast et consultante sur les questions de santé et de violences faites aux femmes. Elle s'associe à Marie-Ange Rousseau, illustratrice, qui a déjà travaillé sur les bandes dessinées Profession solidaire : chroniques de l'accueil et Peyi an nou. Elle prête son trait à une bande dessinée documentaire, riche et dense. Celle-ci fait quelque 400 pages : il faut donc être tout de même un public motivé par le sujet pour se lancer dans cette lecture. C'est peut-être ce que nous pourrions reprocher à l'ouvrage : il est certes très complet... toutefois, il rebutera un public plus large de par son épaisseur. Il n'est également pas des plus simples à prendre en main pour la lecture, car il est assez lourd. Marie-Ange Rousseau a utilisé une dominante de teintes de violet pour coloriser ses planches, couleur emblématique du mouvement féministe, et a utilisé un trait semi-réaliste. De son côté, Géraldine Grenet prend le sujet avec méthodologie, en indiquant dès le départ un sommaire détaillé, mais aussi de nombreuses pages en fin d'album, précisant les sources, les numéros utiles, des notes et significations des acronymes. Nous pourrions rapprocher sa façon de faire d'un travail universitaire. En faisant connaître aux lecteurs les étapes historiques, les contextes sociaux qui entourent les violences sexistes et sexuelles, elle donne les clés nécessaires pour comprendre et être armé pour lutter contre ces violences.