L'histoire :
Lakhsmî Baî est à un tournant de sa vie de Reine de Jhansi, elle ressent avec toujours autant de vigueur et de colère les brimades imposées par les anglais et leur Compagnie des Indes, qui déploient des soldats et méprisent la culture de son peuple. Elle est âgée de 30 ans lorsque le gouverneur général lui fait l'affront de ne pas reconnaître son fils Damodar comme héritier de droit. Son lien privilégié avec la major Ellis ne lui est plus d'aucune utilité. Le jeune anglais qu'elle fascinait n'est plus mobilisé auprès de l'occupant. L'administration anglaise s'empare des bâtiments qu'elle occupait avec sa cour, installe son administration et prend petit à petit le contrôle de nouveaux états. Mais un fakir qui prend la parole en public, harangue les foules dans les villes de nombreuses provinces fait réaliser à Rani que son peuple détient un potentiel de révolte, que l'union est possible même avec ceux qui ont prêté allégeance à l'occupant. Elle va alors tenter une dernière médiation auprès du nouveau gouverneur, Lord Canning. Elle l'enjoint de respecter le peuple indien, de stopper la conquête de nouveaux états. Et à l'occasion de la grande fête du Dipavali, Rani comprend que même les hindous et les musulmans peuvent s'unir pour un acte de bravoure face aux anglais. Ses espoirs vont être dépassés lors d'une première bataille livrée à Dehli où la grand Moghlo a repris son trône. C'est le début d'un moment historique pour l'Inde, précurseur d'une indépendance inéluctable.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Trois tomes pour raconter le destin incroyable de cette jeune femme indienne de bonne famille qui deviendra l'incarnation de la révolte du peuple indien face à l'occupant. On comprend la complexité de cette domination imposée par la Compagnie des Indes, bras armé d'une annexion de fait que l'Angleterre organise dans ce nouvel eldorado du commerce entre les continents. On aura vu Rani grandir, tenter d'imposer ses vues face à un occupant surpuissant, constater la division de son peuple qui trouve parfois un intérêt à collaborer, y compris en intégrant les troupes armées. Ce dernier volume met en scène les ultimes efforts diplomatiques de Rani pour ralentir la conquête anglaise, modérer la brutalité de la présence étrangère, faire respecter la culture des habitants de l'Inde. De nombreuses pages montrent la reine déchue évoluer vers une position plus dure, plus radicale, et vers une violence à laquelle elle finira par prendre part, l'épée à la main. Cette montée en tension irrépressible est remarquablement illustrée par Carlos Gomez dont le trait semble se durcir à mesure que les combats deviennent inévitables. Les images de Rani la guerrière en fin d'album ou son portrait en guerrière hallucinée en page 56 rappellent Barry Smith lorsqu'il dessinait Conan le Barbare. C'est puissant et fascinant, les couleurs oranges et rouges de Luca Saponti dominent et imposent une atmosphère de requiem. Même si la multiplicité des personnages, dignitaires et peuples de tous les états, est un peu appuyée, le tempo est maitrisé. La trilogie nous aura permis une réelle immersion dans les origines d'une des plus fascinantes aventures coloniales, puis décoloniales, de l'histoire récente.