L'histoire :
En 1990, Birahima est un enfant turbulent qui vit avec sa mère (amputée des deux jambes !) et sa grand-mère dans un village de Guinée. Classiquement, il n’aime pas trop l’école, n’aide pas au travail des adultes et préfère faire des bêtises (comme voler des beignets au marché). Un jour, il fait la connaissance d’un grand du village, qui passe de temps en temps et qui est très respecté : Yacouba. Cet adulte est à la foi marabout et arrangeur pour tout un tas de petits trafics… Il fabrique des talismans, des gris-gris qu’il vend en quantité. Mais à cette même époque, sa mère meurt. Ses ulcères aux jambes ont eu raison d’elle. Sa grand-mère lui explique que c’est Allah qui l’a décidé ainsi et qu’il va désormais devoir aller vivre chez sa tante, sa tutrice, au Liberia. C’est ainsi que ça se passe dans leur tribu des Malinkés. Et c’est Yacouba qui doit accompagner Birahima durant ce périple. Au début, Birahima refuse de quitter son village. Mais Yacouba lui laisse entrevoir un avenir comme dans les fims américains ! En le suivant, il gagnera tellement de dollars qu’il pourra avoir des chaussures Nike, une mitraillette, une chaine avec des diamants, des casquettes, conduire un 4x4… Il sera comme les chefs de tribu qui contrôlent le pétrole. Birahima finit par se résigner. Sa grand-mère lui offre un pendentif en or, pour « le protéger »…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Existe-t-il sujet plus pénible que celui des enfants soldats dans les guerrillas africaines ? A l’origine, cette histoire est un roman écrit par l’ivoirien Ahmadou Kourouma (décédé en 2003), qui a reçu de nombreux prix à sa sortie (2000) dont le Renaudot et le Goncourt des lycéens. A l’occasion de son adaptation en dessin animé (sortie sur les écrans de cinéma le 11 mars 2026), les éditions Dupuis en extrudent des captures d’images en une bande dessinée de 220 pages. Le sujet est évidemment poignant, parfois insoutenable, plus psychologiquement que visuellement. Car les auteurs Zaven Najjar et Karine Winczura réussissent à montrer l’horreur sans trop la cacher, mais sans trop insister non plus. Ils nous attachent subtilement au destin de cet enfant guinéen vraiment innocent, qui devient assez naturellement un tortionnaire volontaire, au contact des armes et des manipulations adultes, dans une finalité de conquête territoriale et politique. Cet engrenage martial est glaçant et la démonstration de son efficience désarmante. Les auteurs précisent en introduction que les voix off qui correspondent aux pensées de Birahima comportent volontairement des fautes de grammaire ou de syntaxe, dans un souci de réalisme… mais dans ce cas, ça manque aussi de faute d’orthographe ! (lol) Si le propos est fort, il est en revanche dilué dans le principe technique des captures d’écran, bien plus foireux sur le plan artistique. Certes, le découpage est réussi, mais ces dessins vectoriels en aplats parfois très colorés, sans bordures de formes, avec une surdose de flous de focale et de textures, aboutit à une saturation de l’œil, une confusion des formes essentielles au profit d’une netteté du superflu. N’est pas Arthur de Pins qui veut.