L'histoire :
Roger Fajnzylberg a longtemps hésité à ouvrir cette vieille boîte à chaussures jaunie appartenant à son père, Alter. Mais après la mort de celui-ci et de sa mère, il sait pourtant qu’elle renferme les souvenirs d’un passé tragique, eux qui furent des survivants de la Shoah. C’est pourtant après plusieurs années, à la suite d’un discours de Jorge Semprún sur le devoir de Mémoire, qu’il se décide à ouvrir les secrets de famille pour y découvrir les carnets de souvenirs d’Alter, de sa jeunesse à sa déportation à Auschwitz. Écrits en polonais, Roger confie ces carnets à l'historien Alban Perrin pour les traduire et les contextualiser. On y découvre le parcours d’Alter jeune juif polonais, militant communiste qui est passé par les camps de Drancy et Compiègne, avant d’atterrir à Auschwitz. Affecté à des postes plus abominables les uns que les autres, il y décrit son quotidien et témoigne de l’horreur des camps d’extermination.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
À l’heure où toute information voit sa véracité remise en question au point d’instiller des doutes sur des faits historiques comme la Solution finale, il est plus que nécessaire de mettre en avant les témoignages de survivants de cette tragédie. D’autant qu’avec la disparition des derniers témoins, il est à craindre que des doutes commenceront à émerger sur l’existence même des camps (même si le négationnisme de l’Holocauste fut malheureusement l’un des premiers faits historiques remis en cause). On ne peut pas ne pas penser à l’incontournable Maus de Art Spiegelman, dans sa manière de relater, de façon factuelle et détaillée, le quotidien des déportés dans les camps. La force de Maus résidait dans l’apparente euphémisation de l’horreur par ces personnages anthropomorphisés, qui en décuplait, au final, la puissante absurdité. Contrairement à Maus où les personnages étaient des gens « ordinaires » tentant de survivre, Alter Fajnzylberg est, lui, un personnage plus atypique. Contestataire, syndicaliste communiste qui n’a pas pour habitude de se laisser marcher sur les pieds, le jeune homme est lui aussi broyé par cette entreprise de mort ayant pris tout le monde au dépourvu par son implacable cruauté. Affecté au Sonderkommando (commando spécial composé de prisonniers juifs), il est forcé de travailler au cœur même des fours crématoires et nous donne à voir une parfaite organisation visant à déshumaniser les victimes. Alternative au livre existant, Ce que j'ai vu à Auschwitz est une œuvre à lire, même si on regrette que les dessins réalistes de Rafael Ortiz soient parfois imprécis sur les facies des personnages.