L'histoire :
Les parents de Jacques, des paysans rustres, sévères et bigots, forcent leur fils à travailler durement. Pour échapper à ce quotidien violent, il se réfugie dans son imaginaire où il se fait appeler la reine Jacqueline. Dans ses rêves et ses jeux, il devient l’héroïne de sa propre histoire. Il se met en scène avec ses poupées-pantins, des clowns blancs qu’il retrouve également dans ses songes. Avec ses amis pantins Anaïs, Brassens et Richard, il s’invente une quête : trouver une mystérieuse robe d’or qui permettrait à celui qui la porte de devenir la personne qu’il désire être. Mais la robe est dangereuse : quiconque la touche doit revivre le souvenir le plus terrible de sa vie ! Guidés par la fée Lucille et d’étranges rencontres, comme Pierrot, un homme sans visage, ou Albert, un mouton parlant, Jacqueline et sa troupe poursuivent leur aventure. Pendant ce temps, Jacques reste prisonnier de la dure réalité et des croyances oppressantes de ses parents. Jacqueline trouvera-t-elle la robe d’or ? Et permettra-t-elle enfin à Jacques de devenir la personne qu’il rêve d’être ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
La Reine des pantins est seulement la deuxième bande dessinée de Rosalia Radosti, autrice italienne complète. Et c’est avec une grande maîtrise qu’elle nous livre une fable surprenante, sombre et saisissante. Attention : il s’agit d’un récit destiné aussi bien aux enfants qu’aux adultes, mais qui n’élude rien des bonnes comme des mauvaises intentions qui peuvent habiter le monde humain. L’autrice y transmet la cruauté de l’espèce humaine, le pouvoir des adultes sur les enfants, mais aussi la solidarité qui peut naître entre deux enfants en manque d’amour, ainsi que la puissance de l’imaginaire et du rêve comme refuge protecteur. Les personnages enfants portent tous les traces de cette cruauté parentale. Jacques bien sûr, mais aussi Lucien, le jeune ouvrier agricole, qui traite son père de monstre, ou encore Pierrot qui, lui, refuse de retrouver son visage par peur de devoir revoir celui de son père. Le récit se construit en parallèle et finit par se rejoindre dans les dernières pages. Ici, pas de happy end ! La lecture déjoue les attentes ; les péripéties s’enchaînent sans jamais devenir prévisibles. Pourtant, dans chaque aventure que traverse Jacqueline se cache un écho au monde réel de Jacques. La couleur, les amis et la magie de l’univers de la petite reine se retrouvent dans les pantins avec lesquels Jacques joue précieusement. Le monde de Jacques, quant à lui, n’est fait que de nuances de gris ; il n’y a pas la moindre lueur, jusqu’à cette étoffe que son père rapporte un jour à sa mère... une lueur de courte durée... Ce récit n’est pas sans rappeler le célèbre roman de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, peuplé de personnages à l’allure étrange et fantasque, mais cette fois teinté d’une réalité cruelle qui donne au récit une toute autre force.