L'histoire :
Au terme de sa promenade quotidienne sur la plage, par une météo tempétueuse, une mamie veuve rentre dans sa maison proche du littoral, pour nourrir son chat Tyrex. Alors qu’elle salue le facteur qui fait sa tournée à vélo, un petit cri provenant de sa grange la pousse à ouvrir la porte de cet appentis. Elle y trouve un adolescent nord-africain qui se débat avec un gros rat. L’ado, prénommé Ahmed, est un migrant qui se cache. Sa frêle embarcation pneumatique vient de faire naufrage, il a eu de la chance d’éviter la noyade, contrairement à certains de ses compagnons d’infortune. Sidonie Delahaute est immédiatement persuadée qu’Ahmed est son fils Daniel, qui a disparu depuis des jours – en réalité depuis des dizaines d’années. Elle chasse le rat et l’invite évidemment à venir se sécher et se restaurer chez « eux ». Daniel est à la fois interloqué, inquiet et épuisé. Il s’exécute et accepte la chambre de Daniel… où il s’endort. A son réveil, Sidonie lui préparé un bol de soupe. Elle évoque avec « son fils » l’ambiance familiale morose. Elle est persuadée que son mari Paul (lui aussi disparu) la trompe et que c’est pour ça qu’il est absent. Dans les jours qui suivent, Sidonie organise la vie familiale, les petits plats, les séances des Chiffres et des lettres à la TV, fin heureuse que son fils Daniel soit revenu…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Il y a le registre du récit « feel good ». Et puis il y a le registre de l’« ultra feel good », façon Ingrid Chabbert. Ici, un post-adolescent nord-africain migrant vertueux, courageux, fiable et affectueux, est accueilli par une mamie française, veuve, qui souffre de solitude et porte le deuil déchirant de son fils trop tôt disparu. Elle lui ouvre son cœur et son foyer, car elle décide de voir en lui son fils et d’en faire la cible exclusive de son report affectif. Dans un tsunami de gentillesse, de bienveillance et de bonté d’âme réciproques, l’administration française qui n’accorde pas de titre de séjour, passe pour les très très méchants de l’histoire. Alors bon, on ne va pas trop se plaindre, car les actualités nous donnent à voir tellement d’horreurs, notamment sur ces deux sujets – les noyades de migrants, les scandales dans les epahds. Une oasis de chaleur humaine est toujours bonne à prendre et nous réconcilie avec notre époque, le temps de cette chronique sociale dégoulinante de bons sentiments et donc hélas irréaliste. Le découpage séquentiel est patient (100 pages !) mais parfaitement efficace. Cette histoire pleine d’espoir est convertie en images par la griffe artistique semi réaliste bien maitrisée d’Espé (sauf pour les vagues, l’océan).