L'histoire :
Ahmed est militant CGT. Très impliqué dans son syndicat, il est furieux de devoir aller chercher sa fille au commissariat. Militante antifasciste, elle a été arrêtée pour avoir, avec ses camarades, dénudé complètement un jeune néonazi. Dans les geôles, les deux camps se font face et les insultes volent bas. Ahmed est furieux de voir que sa fille utilise la violence, alors qu’il lui a trouvé du travail dans son usine. Il est fier que des représentants syndicaux soient des immigrés et déçu que sa fille soit une délinquante. En face, Serge, plein de tatouages nazis sur le corps, et « shampoing », demeuré violent, travaillent dans une entreprise de convoi de fonds, dont le directeur, monsieur Boudard, leur fait chanter « Maréchal nous voilà » à la fin des réunions. A la salle de boxe, Serge s’aperçoit que Karima la fréquente aussi. Quand elle rentre à l’appartement, son père est en train de regarder à la télé le premier ministre remettre en cause la légitimité du combat mené par les ouvriers représentés par Akka Ghazi. Karima s’enferme dans sa chambre, à écouter Les Béruriers Noirs…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 a levé beaucoup d’espoirs. Mais 1983 est une année charnière avec un gouvernement Mauroy qui ralentit les réformes sociales et des grandes grèves qui n’arrivent pas à faire changer les choses durablement. Pire, la montée d’une extrême droite raciste et violente gangrène peu à peu la société. On voit s’opposer très violemment les jeunes fascistes et les libertaires. D’un côté une idéologie nauséabonde, de l’autre des idéaux d’égalité, mais des deux côtés une violence crasse, symptôme d’une perte de repères, d’une colère impossible à maîtriser. Lionel Chouin montre bien ce désenchantement, cette haine qui oppose deux camps, et le fait que les anciens, symbolisés par le père, Ahmed, qui tentent de mener le combat sur le terrain social, sont dépassés par une société qui va aller de plus en plus vite et laisser les combattants honnêtes et valeureux sur le côté de l’Histoire, face aux profiteurs et aux casseurs. L’actualité des derniers mois montre malheureusement que la tendance s’est accentuée. L’ambiance de l’album est extrêmement lourde, désenchantée, pleine de violence sourde. C’est accentué par le choix de l’auteur de travailler en bichromie bleue et rouge, probablement en référence aux différentes visions de la France. La chronique est belle est fine, le scénario est un peu compliqué et la fin difficile à comprendre. Le tout vaut par l’intelligence du propos et le regard lucide sur une époque qui semble à la fois très éloignée et finalement assez proche.