L'histoire :
Dans le palais Taillefer à Angoulême, une jeune fille joue dans la neige en ce mois de février de l'an 1200. Isabelle apprend qu'elle est promise à Hughes le Brun, un seigneur qui propose au comte Aymar et à la comtesse Alix de sceller ainsi une alliance prometteuse. Mais quelques mois plus tard, c'est avec Jean sans Terre qu'elle célèbrera son mariage, enlevée par son père qui lui promet une toute autre destinée, en particulier depuis le traité de paix du mois de mai entre Angleterre et France. Isabelle d'Angoulême pourrait ainsi devenir un jour reine d'Angleterre. Dans un premier temps, il lui faudra cohabiter avec Isabelle de Gloucester, la première épouse du roi Jean qui n'avait pas pu lui donner une descendance. Sur les terres de France, les débuts du nouveau couple royal soulèvent une opposition farouche. Des barons poitevin n'acceptent pas que les grand comté d'Angoulême passe sous l'égide de Jean. Une série d'audiences devant le roi Philippe Auguste ne donnera aucun résultat. Ce dernier décide de faire don de certains des fiefs de Jean à son neveu Arthur de Bretagne. La vassalité de Jean pour ses terres sur le continent est rompue de fait. Une période d'affrontements va s'ouvrir, que les deux rois vont suivre et encourager chacun de leur côté. La Normandie sera au cœur de la revanche des fidèles de Philippe Auguste, et Château Gaillard tombera en 1204. Pour Jean, il faut mobiliser des troupes et aller protéger en France ce qui peut l'être. Isabelle arrive alors à l'âge de partager la couche du roi. Il faudra lui donner une descendance.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Extrêmement érudit, ce premier tome demande une grande concentration pour suivre les péripéties de deux royaumes liés par des terres qu'ils dominent à tour de rôle. Isabelle prend un peu d'épaisseur dans ce premier tome, mais il est clair qu'une grande partie de son destin riche en rebondissements reste à découvrir dans le second volume. Au scénario, Sophie Fougère est historienne davantage qu'autrice de bande dessinée. Elle choisit de raconter dans le détail et sans nous épargner la complexité de générations qui se suivent entre les Plantagenêt et les Capétiens, avec de nombreuses notes de bas de page. C'est riche d'enseignements, les personnages sont souvent les descendants de grands noms historiques. Mais sans une vraie connaissance de l'époque, il faudra commencer la lecture par la postface, qui donne l'essentiel et permet de mieux apprécier le récit. Au dessin, l'italien Claudio Montalbano déploie un style précis, fouillé mais léger, sur lequel les couleurs de Christian Favrelle s'épanouissent. De belles tenues, des décors qui nous plongent dans l'époque, et des éclairages remarquablement dosées qui montrent la lumière des flammes présentes dans de nombreuses cases. Le duo fonctionne particulièrement bien, tout en élégance et précision, sans surcharge. Le plaisir de lecture est donc en grande partie dû au spectacle visuel construit par les deux artistes, que l'on retrouvera donc avec plaisir.