L'histoire :
Tout commence à la gare Saint-Jean, point kilométrique zéro de Bordeaux fixé en 1860 lors de la mise en service du viaduc sur la Garonne. C’est de là que François Ayroles entame sa promenade à travers la ville, accompagné d’un petit chien qui lui sert d’alter ego et de compagnon de conversation. Son parcours le conduit d’abord dans le quartier Saint-Michel, l’un des plus populaires et des plus cosmopolites de Bordeaux. En chemin, il passe devant l’École des Beaux-Arts, installée dans un ancien ensemble bénédictin, puis devant la chapelle Sainte-Croix et le TMBA. Il traverse également la place Molinier, hommage à l’artiste bordelais Pierre Molinier, figure aussi sulfureuse qu’atypique. La promenade se poursuit au pied de la célèbre flèche Saint-Michel. Jusqu’en 1979, celle-ci abritait des momies qui fascinèrent des générations de visiteurs, parmi lesquels Stendhal, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Jules Verne ou encore Céline. Le spirite Allan Kardec tenta même de communiquer avec l’une d’elles. Au fil des rues, Ayroles rappelle que le quartier Saint-Michel a accueilli successivement des populations venues d’Espagne, du Portugal, du Maghreb et d’ailleurs, faisant de ce secteur l’un des plus métissés de la ville. Non loin de là se trouve le marché des Capucins, véritable institution bordelaise. Construit à l’origine grâce à des éléments métalliques provenant de l’Exposition universelle de Paris de 1878, il a été remanié dans les années 1960.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Au même titre que Didier Tronchet à Lyon, François Ayroles poursuit la collection Le Piéton de... avec une escapade bordelaise aussi instructive que plaisante. Plus qu’un simple guide illustré, Le Piéton de Bordeaux prend la forme d’un carnet de voyage personnel où l’auteur invite le lecteur à découvrir la capitale girondine à hauteur de marcheur. Le dispositif est simple mais efficace : Ayroles se promène dans la ville en compagnie d’un petit chien qui lui sert d’interlocuteur. Ce compagnon, fidèle alter-ego, apporte une touche d’humour et de légèreté à un récit qui mêle anecdotes historiques, curiosités locales et observations du quotidien. L’auteur ne cherche pas à dresser un inventaire exhaustif de Bordeaux, mais plutôt à capter ce qui fait son identité profonde. L’album met particulièrement en lumière les contrastes qui caractérisent la ville. D’un côté, une cité longtemps surnommée « la Belle Endormie », de l’autre une métropole en pleine transformation, largement remodelée au cours des dernières décennies. Ayroles rappelle combien Bordeaux a changé, notamment sous l’impulsion des grands projets urbains qui ont redessiné son visage. Le regard porté sur la ville est à la fois curieux et bienveillant. Des quartiers populaires comme Saint-Michel aux lieux plus emblématiques, l’auteur s’intéresse autant aux grandes pages d’histoire qu’aux détails insolites. Il évoque ainsi la base sous-marine héritée de la Seconde Guerre mondiale, les dernières années de Goya à Bordeaux ou encore l’étrange disparition du crâne du peintre lors de son exhumation. Graphiquement, le trait d’Ayroles accompagne parfaitement cette flânerie urbaine où l’on passe sans cesse du patrimoine à l’anecdote... au point de donner envie de parcourir Bordeaux à son tour.