L'histoire :
Nève a la trentaine. Elle vit en couple avec son compagnon, mais leur relation n’a plus rien d’épanouissant. Ils vivent ensemble par habitude, par conformisme et par lassitude. Ils font l’amour dans le noir. Herboriste de métier, Nève rêve pourtant d’écrire, mais elle n’y parvient pas. Ils ont pour voisine Lucette, une femme haute en couleur au verbe bien trempé. En arpentant les montagnes et en plongeant dans les lacs alentours, Nève replonge peu à peu dans son enfance. Elle a grandi seule avec son père, le notaire du village, un homme d’excellente réputation. Dans ses souvenirs, il apparaît solide comme la roche, immense comme la montagne, mais froid et glacial comme la neige. En parallèle, dans sa vie d’adulte, Nève passe de plus en plus de temps avec Lucette, avec qui elle noue une profonde amitié. Lucette l’invite régulièrement et lui présente même ses amis. Peu à peu, Nève comprend qu’elle ne pourra plus longtemps rester dans le déni ni continuer à donner de faux espoirs à son couple avec Matthieu. Elle n’est pas heureuse et doit affronter quelque chose qui sommeille en elle depuis l’enfance et qui ne devrait plus la poursuivre à l’âge adulte.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Juliette Leyvraz Lagnaz livre ici son premier roman graphique, chez Glénat. Dans un premier ouvrage aux crayons de couleur, Jardin d’Eden, paru chez Vite, elle traitait déjà de manière cathartique la question du consentement à travers la risographie. Avec Quitter la glace, elle poursuit de manière toute aussi cathartique son exploration des relations intimes, en s’attaquant cette fois au rapport fille-père. À travers le personnage de Nève, l’autrice questionne la difficulté de se construire en dehors du regard et des attentes paternelles. Malgré sa ténacité, Nève ne parvient pas à réaliser son rêve d’écriture. C’est en revenant dans son village d’enfance et en se confrontant à son passé qu’elle semble enfin pouvoir s’extraire de cette emprise et s’accomplir. Le parallèle entre le présent et les souvenirs d’enfance apporte au récit une dimension mystérieuse. La figure du père, surgissant de la montagne tel un golem, reste insaisissable jusqu’à la fin. Tout est suggéré par fragments : les échanges sont rares, les révélations parcellaires, et le lecteur avance autant par intuition que par compréhension. La relation qu’elle noue avec sa voisine Lucette constitue également un très bel hommage à l’amitié et aux liens intergénérationnels. Cette vieille femme énigmatique, qui fume la pipe, aime la littérature et s’entoure d’un large cercle social, apparaît comme le parfait contrepoint de Nève. L’autrice inverse ainsi les codes : la jeune femme est enfermée dans une forme de retenue, tandis que la plus âgée semble pleinement libre et vivante. La colorimétrie joue également un rôle central. Les souvenirs sont teintés de bleu, comme dans Jardin d’Eden : cette couleur froide évoque à la fois la distance affective entre le père et sa fille, mais aussi les yeux et les cheveux de Nève, comme un lien indéfectible entre eux. Le dessin se concentre avant tout sur les personnages, leurs émotions et leurs expressions. Les décors restent en retrait, servant surtout à encercler ou contextualiser les scènes. Cette bande dessinée sensible et introspective se destine aux adolescents et jeunes adultes.