L'histoire :
Stockholm,1879. Hilma Af Klimt, jeune femme de 17 ans, a hérité de la particule de noblesse "Af" de son arrière-grand-père Erik Klint, lieutenant colonel à bord du vaisseau amiral qui organisa l'échappée du blocus russe dans la baie de Cyborg en juillet 1790. Elle vit paisiblement avec sa famille, aimante, et partage ses découvertes culturelles avec sa sœur Hermina, cadette de huit ans. Elle participe aussi régulièrement, dans le château de Gripsholm, invitée par Bertha Valerius, à des séances de spiritisme avec quatre amies. Là, des esprits sont convoqués, donnant lieu à des exercices de dessin automatique. Lors de l'une d'elles, Hilma a une vision angoissée et appelante de sa jeune sœur. 60 km séparent cependant Gripsholm de Stockholm en voilier. Lorsqu'Hilma arrive chez elle avec son amie Anna, Hermina est morte. Cet événement la hantera toute sa vie et influencera son œuvre. Elle va s'inscrire à l'Académie des beaux arts de Stockholm en 1882, où elle va apprendre à représenter le monde visible, avant de laisser aller sa nature propre et représenter l'invisible. Malheureusement, à Stockholm à cette époque, l'art est non seulement une affaire d'hommes, mais de plus l'abstraction n'a pas du tout sa place...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Il est des romans graphiques qui font œuvre de salut public. Des bandes dessinées du réel portées par l'enthousiasme de leurs auteurs, animés d'une force incompressible, dont le devoir est de montrer l'invisible. Julia Voss, journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung et autrice de la première biographie de l'artiste en 2020, est mariée à Philippe Deines, illustrateur vivant à Berlin. Assez naturellement, il s'est emparé de ce sujet dans lequel baigne sa femme depuis sa découverte en 2008, signant d’ailleurs elle-même la postface. Éditée à l'occasion de l'exposition que consacre le Grand Palais à l'artiste peintre du 6 mai au 30 août 2026 à Paris, cette BD possède tous les atouts que l'on attend pour ce genre d'ouvrage : sobriété, patte artistique touchante du dessinateur, et intérêt du sujet. Pourquoi, par contre, sa femme est-elle à peine créditée ? Cela reste un mystère. Philippe Deines coche toutes les cases d'un dessin que l’on pourrait qualifier « d’école naïve », aéré, à la colorisation douce, et un trait restituant plutôt bien les ambiances et architectures début XXe siècle. Cette mise en abîme d'artiste à artiste fonctionne ainsi parfaitement. Cette dernière permet d'ailleurs de faire d'une pierre deux coups, car il s'agit du premier roman graphique du dessinateur. Cinq vies, mais deux artistes révélés, les astres ont bien fait leurs calculs. Recommandé.
