parution 23 octobre 2013  éditeur La pastèque  Public ado / adulte  Thème Chronique sociale

Jane, le renard et moi

Le quotidien infernal d’une collégienne complexée, devenue le souffre-douleur de ses copines. Une brillante introspection d’un tourment psychologique durable, étayée par des choix graphico-narratifs particulièrement pertinents.


Jane, le renard et moi, bd chez La pastèque de Britt, Arsenault
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©La pastèque édition 2013

L'histoire :

Elle ne sait pas trop comment cela a commencé… mais au collège, Hélène est devenue le souffre-douleur de ses copines de classe. On rit à son passage, on se moque ouvertement d’elle à la moindre occasion, dans les couloirs, dans le bus, dans la cour… Des inscriptions recouvrent les portes des toilettes : « Hélène pèse deux cent seize ». En plus, la cabale est menée par Geneviève, une élève brillante et charismatique. Hélène n’a pas le tempérament rebelle. Elle encaisse donc en baissant les yeux, elle se liquéfie systématiquement et son quotidien devient chaque jour un peu plus pénible. Elle se convainc qu’elle est une saucisse dénuée de toute grâce, s’enferme dans ce mal-de-vivre croissant. L’appartement où elle habite est un havre de paix. Elle y vit avec sa mère – débordée par les tâches ménagères – et ses deux frères – des inconnus qui jouent aux ninjas. Elle apprécie alors de s’enfermer dans la lecture de Jane Eyre, le roman de Charlotte Brontë, le meilleur qu’elle ait jamais lu. Elle se trouve des similitudes avec le destin tragique de cette jeune anglaise orpheline, à l’enfance austère, devenue une préceptrice capable de séduire le noble maître de maison…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Ce roman graphique d’une centaine de pages propose une vibrante introspection dans la peau d’une fillette trimballant un terrible complexe. Peu importe la causalité : dès le départ, Hélène est le souffre-douleur de ses amies collégiennes ; et une enfant transparente pour sa famille, enfermée dans une spirale défaitiste infernale. Plus elle se sent une saucisse aux yeux des autres et plus elle le devient. Fanny Britt (au scénario) et Isabelle Arsenault (au dessin) trouvent la juste et puissante traduction graphico-narrative pour nous faire pénétrer ce mal-être. La scénariste délaisse totalement l’emploi des phylactères et des dialogues : logique, puisque Hélène est seule avec elle-même. Elle préfère étayer sa narration sur une voix-off omniprésente, « Amélie-poulinienne », c’est-à-dire aux accents ingénus mais pas immatures, et au verbe soigné, pour nous faire précisément pénétrer les différents degrés d’enfermement d’Hélène. Le dessin des personnages paraît lui aussi naïf ; il se montre pourtant savamment mis en scène, et notamment chiadé pour certains décors urbains, ou luxuriant dès que la quiétude de la nature s’empare de son âme. Visuellement, le quotidien de l’héroïne s’accompagne surtout d’un monochrome grisâtre ; seules les séquences illustrant la lecture de Jane Eyre (et les apparitions du renard…) bénéficient d’une trichromie (2 teintes maxi en aplat… trop point n’en faut !). Un roman de Charlotte Brontë pour bol d’air : vous imaginez la nature du désespoir ! Néanmoins, une porte de sortie se dessinera et permettra de terminer sur une note largement optimiste. A la « vengeance » qu’on aurait tort de croire rédemptrice, les scénaristes préfèrent une délivrance naturelle. D’ailleurs, le récit ne s’intéresse pas vraiment aux responsables du mal-être d’Hélène. La nature du sujet peut paraître austère, il faut surtout en retenir la brillante traduction séquentielle, qui permet de cerner et pénétrer un trouble psychologique courant.

voir la fiche officielle ISBN 9782923841328