L'histoire :
À Cartagena, les quartiers populaires vivent dans l’ombre d’un trafic qui semble régler les destins avant même qu’ils ne commencent. Alvaro, 20 ans, s’y engouffre avec son ami Nacho, convaincu d’y trouver sa chance, un peu d’argent et la promesse d’exister enfin. De son côté, le policier Félix Garzon poursuit sa route avec l’expérience de ceux qui savent combien la ville use les hommes et brouille les repères. Peu à peu, deux trajectoires se dessinent, appelées à se répondre. Mais lorsqu’un rite de passage imposé aux nouvelles recrues bascule sous le choc, tout se dérègle en un instant. Alvaro comprend alors qu’il n’est déjà plus un exécutant parmi d’autres, mais un homme marqué, désormais exposé de toutes parts. Pour rester en vie, il lui faut agir vite, changer de camp sans vraiment pouvoir quitter le jeu, et chercher auprès de la police une issue devenue aussi risquée qu’indispensable.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Cartagena, Yves H. et Hermann livrent un polar immersif où la violence du cartel se mêle à un récit de survie. Le scénario trouve le bon équilibre entre tension criminelle, trajectoires humaines et lecture sociale d’une ville écrasée par les rapports de force. La progression fonctionne, parce qu’elle repose moins sur les effets que sur la montée des pressions, les déplacements de loyauté et la sensation qu’à chaque étape, l’étau se resserre un peu plus. Le face-à-face entre Alvaro, jeune homme happé par une promesse d’ascension, et Félix Garzon, policier plus lucide que triomphant, donne au récit sa colonne vertébrale. Solide, prenant et bien mené, le scénario tient sa note. Mais c’est surtout sur le terrain graphique que l’album s’impose avec éclat. Hermann saisit la moiteur, la poussière, les façades chauffées à blanc, les visages burinés et les corps sous tension avec une maîtrise impressionnante. Chaque planche dégage une densité presque physique. La ville n’est pas un simple décor : elle pèse sur les hommes, les enferme, les pousse, les consume. Cette matière visuelle donne à l’album sa force la plus marquante et justifie pleinement l’enthousiasme suscité par le dessin. Depuis la disparition récente d’Hermann, Cartagena se lit aussi comme un hommage : celui d’un immense dessinateur qui laisse, jusque dans cette ultime démonstration de talent, une empreinte profondément marquante.