L'histoire :
Alicio tient un bar épicerie dans la ville de Duque de Caxias, au Brésil. Il a deux fils, dont le premier, Helvio, est passionné de foot. Un excellent joueur, un arrière surdoué qui n'hésite pas à mener les contre-attaques de son équipe. Le président d'un club aux prétentions régionales aimerait le voir intégrer son effectif. Il est à la tête d'une entreprise de textile, et envoie un de ses hommes de main tenter de convaincre Alicio de laisser son fils rejoindre son club et son entreprise, pour gagner sa vie. Monsieur Antonio n’a pas l’habitude qu’on résiste à ses demandes. C'est pourtant ce qui va se passer. Le second fils, Luiz Alberto, est un petit délinquant que la police locale surveille. Alicio a aussi une fille, Deli, que sa copine vient chercher au magasin pour l'emmener en secret voir son petit ami sur les hauteurs de la ville. Le père de famille et sa femme tentent de gérer leur travail très prenant et les trois enfants exposés à tous les dangers dans une société marquée par la violence et les inégalités. Lorsqu'un groupe de trois hommes, visiblement membres d’une pègre locale, viennent s’installer dans l’épicerie, la situation bascule. L'un d'entre eux s’adresse au patron avec arrogance et mépris. Il l'insulte parce qu'il n'est pas servi assez vite. Il dégaine une arme et menace Alicio. L'altercation ne prendra fin qu'avec l'arrivée inopinée d'un quatrième homme qui les emmène avec lui. Il s'agit du commanditaire des petits larcins de Luiz Alberto. Quelques heures plus tard, il sera retrouvé mort dans un terrain vague. Le commissaire Andorinha interroge Alicio. Il sait que le père de famille possède un fusil...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Marcello Quintanilha commence son récit par une longue rétrospective sur l’histoire de la construction du Brésil, décrit comme un pays aux inégalités criantes. Le choix est un peu aride et risque de décourager plus d’un lecteur avec des cases redondantes au regard de leur texte explicatif. Mais il fallait poser le contexte de l'album. Il faut néanmoins franchir ces pages de préface. Nous sommes dans les années 1950 ; le Brésil n'a pas encore gagné sa première coupe du monde de football. Le pays va connaître la dictature à plusieurs reprises. Le foot et la criminalité sont la toile de fond de ce récit qui raconte à travers les trois enfants d'une famille normale la dureté incroyable de la société, la violence omniprésente, l'impuissance de nombreux citoyens à construire leur propre destin. Une enquête policière monte en puissance et apporte une deuxième colonne vertébrale à ce one-shot, qui ne manquera pas de rebondissements. On plonge alors dans un polar sociétal en quelque sorte, le portrait sur deux décennies de trois personnages pris dans de terribles engrenages. La narration de Quintanilha est particulière : dans de nombreuses cases deux conversations ont lieu en même temps. On le comprend assez vite néanmoins et on ralentit alors son rythme de lecture pour garder le fil. Un brouhaha délibéré un peu déstabilisant qui devient plus familier une fois qu'on s'immerge dans l'atmosphère unique de ce roman graphique. Le Brésil de ses parents est une source d'inspiration littéraire pour cet auteur qui a déjà produit des albums remarqués sur ce sujet. Par sa forme particulière et son contexte social très dur, ce livre est un vrai moment d'immersion. Une expérience littéraire originale qui sera réservée aux lecteurs prêts à un petit effort, mais qui mérite le détour.