parution 01 septembre 2010  éditeur Le Lombard  Public ado / adulte  Thème Fantastique - Etrange, Esotérique

Le don

Par simple contact, un homme perçoit le vécu des gens ou des choses, mais ne sait rien de lui-même. Plus proche de la malédiction, ce « don » l'oblige à vivre en marge. Une véritable gifle (info)graphique, pour un sujet aux frontières de la démence..


Le don, bd chez Le Lombard de Bartoli, Carnevale
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Le Lombard édition 2010

L'histoire :

Un jeune type s’échappe à toutes jambes d’un braquage qui a mal tourné. Dans sa fuite, il jette son flingue par-dessus le parapet d’un pont. L’arme atterrit à côté d’un brasero auprès duquel deux pauvres hères se réchauffent. L’occasion est donnée à Eric, l’un d’entre eux, de prouver à l’autre son extraordinaire faculté psy. En effet, par simple contact avec les objets ou les personnes, Eric subit le « shining », c'est-à-dire une sorte de flash où il perçoit toute la destinée des choses ou des gens, de leur passé jusqu’à leur avenir. Il voit ainsi très distinctement que l’arme a été vendue quelques semaines auparavant à caïd écervelé, que ce dernier s’en est servi pour imposer sa volonté à ceux qui le dérangent… Jusqu’au braquage du drugstore, qui a mal tourné : il a involontairement flingué une adorable fillette, sous les yeux de sa mère. Eric ne s’habituera jamais à l’horreur qu’il entrevoit très souvent. Il vit ce don comme une malédiction, et passe sa vie à déambuler, comme un dément, fuyant le contact avec autrui. Comme cette nuit, il s’accommode parfois de la compagnie d’un clochard… mais il suffit qu’il le touche, pour découvrir sa fin proche, renversé par une voiture…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Le don de voyance n’est pas franchement une idée nouvelle. Et pourtant, il est ici exploité de manière particulièrement percutante et originale, à la fois dans la forme et dans ses principes. A la base, c’est l’histoire d’un type qui ne sait rien de lui-même, mais qui subit littéralement le vécu de tout ce et de tous ceux qu’il effleure. Ce qui frappe (choque ?) au premier abord, à l’ouverture de l’ouvrage, c’est la violence du visuel. Dans des ambiances souvent bichromiques, Massimo Carnevale impose d’emblée son talent artistique. Il séduira franchement les bédéphiles à la recherche d’expériences nouvelles, ou rebutera définitivement les amateurs de BD classique. Dans tous les cas, il ne laissera personne indifférent. Son dessin réaliste est comme jeté à la face du lecteur, à grand coups de palettes infographiques, alternant dans un même élan de modernité macro-plans, effets de mouvements, angles insolites… Au sein d’un découpage s’affranchissant la plupart du temps des bordures de case, il varie les styles sans jamais être incohérent. Foudroyant, parfois à la frontière de l’art contemporain (oui, bon, ok, les puristes trouveront que ça ne veut rien dire… mais il y a de grandes chances que ça parle aux autres), ce visuel envoûtant colle à la perfection à la démence qu’il illustre… Et ça tombe bien, car la perte des repères est aussi le sujet du scénario. Ici, par l’entremise de ce « personnage » qui perçoit tout des gens ou des objets, mais rien de lui-même, on navigue bien en pleine aliénation. Heureusement, Lorenzo Bartoli manie plutôt bien la science de l’ellipse, du flashback et du flash-forward, ce qui fait qu’on ne se perd jamais. En 6 chapitres indépendants, comme autant de « fascicules » comics (d’ailleurs, ces histoires étaient peut-être formatées pour ce « marché » particulier ?), il nous transmet des facettes astucieuses de ce don. Ainsi la voyance « à vif » à travers le court vécu d’un nouveau né, ou celle de la folie qui s’empara de van Gogh (une chouette mise en abyme de l’art en prime). Néanmoins, ces instantanées de voyances ne construisent pas un récit à proprement parler, mais servent surtout, dans ce premier tome, à définir le contexte. Eric n’est pas un « héros » au sens classique du terme : il est en effet moins souvent acteur, que transmetteur des histoires qu’il distingue. Il faut attendre la toute fin pour qu’un objectif de vie se dessine chez lui… restant à explorer dans un second volet.

voir la fiche officielle ISBN 9782803627226