L'histoire :
Vers la fin du XIXe siècle, Serena Otero habite avec ses parents producteurs de canne à sucre dans un village fluvial du Venezuela, proche du lac de Maracaibo. Elle est une enfant sage, dévote et obéissante, et devient romantique à l’adolescence : elle écrit des messages à la radio que ses parents écoutent le soir. Elle espère qu’un jeune homme beau et doux viendra la sortir de sa condition dans laquelle elle se sent enfermée. Mais les mois passent et il ne se passe rien d’autre que le train-train de la ferme et la modernité en marche : on installe un tramway à Maracaibo ! Serena désespère de rencontrer un jour son prince charmant. Ça ne risque pas de se produire localement, étant donné qu’elle garde une attitude froide et distante avec les villageois dès qu’elle s’éloigne de la ferme. Un soir, en écoutant la radio, elle est bouleversée : quelqu’un a répondu à un de ses messages. Les jours suivants, un jeune homme se présente au père de Serena pour travailler à la ferme. Il s’appelle Severo Bracamonte et montre dès le premier jour qu’il ne ménage pas sa peine pour tout apprendre et fournir tout type de labeur harassant. Le soir même, il est invité à la table des Otero. Il avoue qu’il est prêt à s’engager ici sans être payé. Ce qui l’intéresse, c’est le trésor du pirate Henry Morgan qui, selon la légende, serait caché quelque part dans ce coin marécageux. Serena est déçue. Ça n’est pas ce type cupide et rustre qu’elle attendait…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Cet album en one-shot, au format modeste mais à forte pagination, est l’adaptation d’un roman de Miguel Bonnefoy, par le dessinateur catalan Ricard Efa, avec l’aide scénaristique de Virginie Ollagnier. La narration très linéaire focalise sur le destin et la success-story de Serena Otero, fille de planteur de canne à sucre au Venezuela, un pays qui a gagné son indépendance depuis 75 ans au moment où débute la fresque. Elle commence alors que Serena est âgée de 5 ans… et elle finira à la p.160 au crépuscule de sa vie. Entre temps, on découvre les étapes de sa carrière, découpées en autant de chapitres que de personnages qui l’ont animée : Serena, Severo (son mari), Eva (sa fille adoptive) et Fuego (toujours sa fille, mais après sa « mue »). La seconde moitié de l’album abandonne Serena pour se concentrer sur le personnage fort de sa fille adoptive. Au final, le propos est quadruple : le récit entrecroise la peinture des mutations sociales au Venezuela rural au XIXe, mais il brosse aussi une fresque industrielle autour de l’artisanat de la canne à sucre, il dépeint encore la mue radicale d’une condition féminine (de Serena la romantique soumise, à Fuego femme de tête indépendante), le tout sur fond de… chasse au trésor ! Le dessin semi réaliste toujours élégant d’Efa confère la juste tonalité exotique et la juste interprétation psychologique, toute en retenues, à des personnages habités.