L'histoire :
Alors qu’il n’est qu’un enfant prépubère, Geoffroy vit un épisode de l’apprentissage de la natation comme un traumatisme. La monitrice le pousse dans le grand bain pour qu’il apprenne à se débrouiller… mais il est terrorisé par l’eau. Il ressort de là dans un état catatonique, second. Le traumatisme est d’autant plus sévère que ses camarades de classe se moquent de lui. Ses parents prennent la décision de lui faire quitter l’école. Il suit dès lors des cours par correspondance… désociabilisé jusqu’à la fin de ses études. Cet isolement agoraphobique entre en résonnance avec une autre tendance lourde : l’appel de la nature. Geoffroy se souvient d’un soir, dans sa maison située à la lisière de la forêt. Définitivement attiré par le calme nocturne et l’obscurité de la forêt, il s’y enfonce seul et s’y sent bien. Il se souvient avoir vu un renard et surtout un cerf, qui brâme dans une clairière. Cette expérience sera décisive dans l’expérience qu’il va s’imposer en étant jeune adulte. Pathologiquement attiré par la nature sauvage, il décide un jour d’aller vivre en forêt. Pas quelques jours, pas quelques semaines…D’aller y vivre à 100%, pour toujours, quasiment sans jamais revenir à la civilisation. Evidemment, cette aventure commence par l’apprentissage de règles de survie. Et celles-ci sont expérimentales, en observant notamment le comportement d’une famille de chevreuils…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
L’expérience ici retranscrite en bande dessinée par le scénariste Vincent Zabus et le dessinateur Jean-Denis Pendanx est l’adaptation du roman éponyme de Geoffroy Delorme, paru pendant le confinement du covid. Traduit en plus de 12 langues, ce bouquin s’est vendu à plus de 60 000 exemplaires et se révèle toujours un bol d’oxygène utile en cette ère d’angoisse climatique. Au cours d’une autobiographie, celui qui est aujourd’hui photographe animalier raconte sa vie isolée de la civilisation humaine, mais au contact des animaux de la forêt pendant… 7 ans, de ses 19 à ses 26 ans ! Ce jeune homme agoraphobe, mais instruit et passionné par la flore et la faune des forêts, a en effet sauté un grand pas en devenant lui-même un animal sauvage. Il a vécu en survivance intégrale à partir des éléments d’une forêt de Normandie (proche de Louviers, vallée de la Seine, dans l’Eure), apprenant à reconnaître les plantes comestibles, à manger des racines, à boire l’eau des « puis de sorcière », à se protéger du froid, de l’humidité et à sympathiser avec des chevreuils. Un projet aussi dingue qu’enrichissant et risqué, mais un pari (a priori) tenu, dont il témoigne en révélant ses astuces. En tout cas, grâce au talent fou de Jean-Denis Pendanx pour le dessin réaliste et l’aquarelle, dans des teintes logiquement ocres-vertes, la version BD se révèle une ode à la vie forestière aux côtés des chevreuils. Peut-être la part de domestication revendiquée par Delorme relève-t-elle partiellement du mytho (telle est la polémique), cela ne retire rien à la puissance de cette expérience naturaliste incroyable, retranscrite dans cet ouvrage alliant poésie et didactisme.