L'histoire :
En 1897, à 25 ans, Henri Matisse rencontre Amélie, qui deviendra son épouse. Il lui présente le peintre Bouguereau, dont il a été l’élève. Ensemble, ils visitent le Louvre et, face à une nature morte de Jean-Siméon Chardin, il lui confie sa passion pour la peinture. Incapable de se fixer dans un métier, sujet à des crises de « vocation » qui le conduisent parfois à l’hôpital, c’est lors de l’un de ces séjours qu’un camarade de chambre lui fait découvrir la peinture, dont il tombe alors amoureux. Pour leur voyage de noces, ils se rendent à Londres visiter les Turner, puis partent en Corse. De retour à Paris, Matisse partage un atelier boulevard Saint-Michel avec un autre peintre prénommé Henri. À cette époque, rares sont ceux qui reconnaissent son talent, à l’exception du père Tanguy. À la galerie Vollard, il découvre les œuvres de Van Gogh et de Cézanne. Pendant ce temps, Amélie, chapelière, assure en grande partie les revenus du foyer en plus de ses tâches domestiques. Le récit alterne avec les années 1930 quand le couple est sur leurs vieux jours et leur vie passée, dès les années 1897. Tandis qu’elle est alitée, Matisse traverse l’Atlantique, découvre l’Amérique puis Tahiti. Amélie se remémore leur vie : Collioure avec Derain, la reconnaissance au Salon d’Automne de 1905, où Leo Stein achète La Femme au chapeau, dont elle était le modèle. À Tahiti, Matisse rencontre Murnau et assiste à l’un de ses tournages. Il est ensuite sollicité par le collectionneur américain Albert C. Barnes pour réaliser une fresque. Le couple fait également la connaissance de Lydia, une jeune exilée russe, qui deviendra l’assistante puis la protégée du peintre. Une importante commande de Chtchoukine, La Danse, rythme leur vie pendant deux ans. Toujours en quête d’une nouvelle lumière, Matisse s’installe à Nice avec Amélie et Lydia. Mais Amélie aspire peu à peu à reprendre sa liberté, à exister en dehors de son mari. À l’aube de ses 70 ans, elle choisit finalement de quitter le peintre pour vivre sa propre vie.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Cette bande dessinée est réalisée en partenariat avec le Centre Pompidou, dans le cadre de l’exposition Henri Matisse 1941-1954, qui se tient du 24 mars au 2 août 2026 au Grand Palais. L’autrice complète et reconnue Julie Birmant, spécialiste de l’histoire de l’art, a déjà consacré plusieurs albums à de grandes figures controversées comme Dalí ou Pablo Picasso, mais aussi à l’admirable danseuse Isadora Duncan. Dans cet ouvrage, il est question du couple Matisse, et non du seul peintre. Julie Birmant replace au cœur de la trajectoire de l’artiste celle sans qui rien n’aurait été possible : Amélie. Elle l’a accompagné, soutenu financièrement et émotionnellement, l’a rassuré tout au long de sa vie, malgré ses crises artistiques. À travers cette lecture, on découvre les différentes périodes de création du peintre, ses aspirations, ses voyages, ses rencontres et ses affinités, mais surtout la relation qu’il entretient avec Amélie et le regard qu’elle porte sur ses œuvres. Les allers-retours entre la fin de leur vie commune et les flashbacks sur leur passé permettent de mieux comprendre la décision finale d’Amélie. Cependant, malgré un certain dynamisme dans la narration, le récit peine à captiver pleinement. L’image d’un artiste assez antipathique, voire égocentrique, y contribue sans doute. Cette relecture d’une figure admirée tend à la désacraliser : elle rend l’artiste moins prodigieux, mais plus humain, avec tous les paradoxes que cela implique, sans éluder la question du patriarcat. Le dessin de Jörg Mailliet, quant à lui, emporte le lecteur dans un univers en mouvement : les personnages semblent danser à travers les pages, à l’image des figures présentes dans les toiles du peintre. Les cases, riches en détails, fourmillent de vie, et la palette de couleurs enchante le regard. Si le récit reste solide, c’est surtout la figure du peintre peu attachante qui peut freiner l’adhésion, mais le graphisme somptueux de Jörg Mailliet, vibrant de couleurs et de mouvement, emporte à lui seul le lecteur et sublime chaque page de l’album.