L'histoire :
Deux huissiers austères – une femme au visage rigide et un homme chauve et ventripotent – travaillent pour une grande banque, un établissement qui ne rigole pas avec les dettes. Ce jour-là, le voyant lumineux de leur bureau s’allume, signal d’une réunion immédiate avec leur superviseur. Celui-ci leur confie un nouveau dossier de recouvrement. Dans leurs costumes stricts de bureau, le duo se rend alors dans un appartement situé dans une cave, où logent un vieux couple et leur petite fille. En raison de leurs retards de paiement, les huissiers leur font signer leur expulsion de ce logement sordide. La fillette les supplie de n’en rien faire, mais les huissiers repartent aussi froidement qu’ils étaient venus, dans leur berline noire. En pleurs, la fillette exécute un geste de sa main, comme pour leur jeter un sort… et c’est alors qu’apparait sur une colline des environs un mystérieux bouc. Le dossier suivant conduit les huissiers loin de la ville, dans un lieu où les réseaux ne passent pas. Sans GPS, ils se croient perdus, lorsqu’ils tombent en panne d’essence sur une route de forêt lugubre. Ils poursuivent donc à pied et se font indiquer l’adresse de leur « client »… On leur indique une magnifique porte en pierre au milieu d’une interminable muraille. Ils sonnent. Ils attendent. Longtemps. Un visage masqué à l’envers passe par un volet de la porte et se referme. Puis une échelle finit par apparaître au-dessus de la muraille, par laquelle ils comprennent qu’ils doivent passer. De l’autre côté, ils découvrent une communauté qui se livre à une fête dépravée permanente…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le croate Simon Bogojevic Narath s’était fait remarquer dans un Métal Hurlant. Il livre cette fois sa première BD complète, un conte macabre et dérangeant sur le Karma, qui obéit à une narration 100% muette, sans même la moindre onomatopée. Le pitch est tout aussi simple que le visuel en noir et blanc est extrêmement abouti. Deux salopards d’huissiers austères et rigides pâtissent d’un sortilège qui leur fait vivre un enfer dans un monde parallèle démoniaque et carnavalesque, pendant que des années s’écoulent dans le monde réel. Ce retour de Karma bien dégueulasse passe par des tortures, des viols, des humiliations au sein d’une communauté dépravée et joyeuse, où des centaines d’êtres humanoïdes font une orgie permanente et utilisent le binôme comme souffre-douleurs, sous la supervision d’un Lucifer cynique et décomplexé. Dans le même temps et dans le monde réel, la fillette opprimée qui a lancé le sort grandit, devient une femme, suit une formation stricte de violoniste et devient une grande star. Le scénario est donc manichéen au possible – c’est le principe du karma – et s’exprime de manière tout à fait lisible sans le moindre texte, grâce à un dessin semi réaliste époustouflant. Les séquences de viols infâmes se multiplient avec beaucoup d’inventivité et de détails. Elles sont très explicites et dégradantes, bien que l’auteur ne montre jamais le moindre appareil génital. Cette hyperviolence réserve néanmoins cet album à un public adulte.