L'histoire :
Les jumelles Tabatha et Tamara vivent dans la maison familiale à l’orée des bois, sous la bienveillance de leur grand-mère et auprès de leur trois autres sœurs, dont une petite dernière et deux aînées. Leur quotidien est fait de rituels, bien ordonnés, comme la préparation des ortolans, « chassés » avec de la colle sur les branches, ainsi que les séances ésotériques où un des oiseaux positionné d’une certaine manière dans une des assiettes dressées sur la table, et caché sous une serviette, doit changer de position si la maman décédée est présente et souhaite rentrer en contact. Les jumelles, un peu à part, et très fusionnelles, partagent tout. Or, un jour, à l’occasion d’une visite à la foire du village, une voyante leur prédit un avenir un peu lugubre...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
On ne connaît pas encore beaucoup l'artiste Agathe Halais en tant qu'autrice, faute ou malgré un travail artistique plutôt plastique développé dans des galeries, dont la Minuscule à Rennes, durant dix ans, et un nombre de publications limité. Son premier livre adulte Sacré Râââl est paru en 2024 au Monte en l'air dans sa collection BDcul. Tandis que deux livres jeunesse – Le robinet lui aussi pleure (2008, Point d'exclamation) et Mur murs (2015, Voce verso), introduisaient son style graphique. C'est d'autant plus frustrant que ce dernier, d'une finesse et d'une poésie poignantes, nous tend un miroir vers les œuvres de Joanna Hellgren chez Cambourakis. Un dessin au trait tout en grisés légers nous immerge immédiatement dans une atmosphère étrange et feutrée, propices aux histoires racontées au début du siècle dernier à la chandelle. Une pertinence puisque les tables tournantes côtoient les oiseaux noirs, des perruches trucidées, une fête foraine aux freaks, et une voyante à la prédiction malheureuse. On aime la douceur intrigante se dégageant de la relation entre ces deux sœurs jumelles et l'atmosphère chaleureuse de la maisonnée tenue par une grand mère attentionnée. On aime aussi comment Agathe Halais distille le fantastique dans un récit dont on perçoit une partie d'autobiographie, pour amener au final une réflexion sur le surattachement et le manque. Un étonnant et attachant livre, finement brodé, chantant une rare et douce mélopée.