L'histoire :
En mars 1942, Bernard Natan se morfond et cauchemarde dans la prison de Fresnes, où il a été enfermé pour escroquerie. Son avocat lui apporte une mauvaise nouvelle : il vient d’être déchu de sa nationalité française. Le voilà victime frontale de l’antisémitisme alors très en vogue à cette époque. L’homme qui, auparavant, a fondé un empire cinématographique, sent bien que les choses ne vont pas aller en s’améliorant. Il a pourtant servi sur le front de la première guerre, alors qu’il s’appelait encore Nahum Tanenzapf. En 1916, alors qu’il traversait la Marne avec sa division, il avait été bombardé par l’aviation allemande. Il avait alors été gazé et néanmoins, il avait ravitaillé en munition et en nourriture les hommes du front et avait même évacué des blessés sous les obus. Ces actes héroïques lui valurent de recevoir la croix de guerre, la nationalité française et un changement de nom. Dégagé de ses obligations en 1918, il décide de se lancer dans une industrie prometteuse alors en balbutiements : le cinéma.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
A travers cette biographie factuelle, le scénariste Pascal Bresson réhabilite un des pionniers du cinéma (parlant) en France, Bernard Natan, avec la bénédiction de Lénick Le Guyader et Françoise Tordjemann, ses petites filles – qui en signent la préface. Cet « industriel » du spectacle et producteur est étonnamment méconnu, car non seulement il a disparu avec la shoah (il meurt déporté à Auschwitz en 1942), mais en outre il était poursuivi pour avoir, à une époque, produit des films fripons réprouvées par les bonnes mœurs (il était par ailleurs actionnaire et administrateur du Moulin Rouge), mais aussi poursuivi pour escroquerie sur fond d’antisémitisme. Au-delà de la biographie, Bresson fait une véritable hagiographie de ce visionnaire immigré de Roumanie, qui créa au lendemain de la première guerre mondiale – à laquelle il fut soldat et gazé ! – les actualités cinématographiques, la société Pathé-Natan et Rapid-Publicité, qui deviendra Jean Mineur. Son rôle dans le développement du cinéma français est immense, malgré des controverses que cet album balaye. Dans un style sage, académique, régulier et documenté, Samuel Figuière met en images le récit factuel de ce destin tragique.
